Aquitaine: Un rapport alerte sur une urbanisation excessive menaçant le littoral

ENVIRONNEMENT La chambre régionale des comptes appelle à une plus grande concertation des acteurs pour accélérer la prise en compte des facteurs environnementaux dans l’urbanisation du littoral Aquitain…

Elsa Provenzano

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Le littoral aquitain, ici sur la côte basque,est très urbanisé.
Le littoral aquitain, ici sur la côte basque,est très urbanisé. — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA
  • La chambre régionale des comptes dresse un bilan de l’action des collectivités dans leur lutte contre l’érosion, identifiant de nombreux points d’amélioration.
  • Elle observe un manque d’anticipation et de concertation face au défi d’une urbanisation plus respectueuse de l’environnement.

La chambre régionale des comptes de Nouvelle Aquitaine dresse un état des lieux peu réjouissant dans son rapport intitulé « Les collectivités littorales aquitaines face aux défis de l’urbanisation et de la montée des risques naturels ». Elle s’appuie sur les contrôles réalisés entre 2014 et 2016 sur sept intercommunalités et treize communes implantées sur les 650 kilomètres des côtes atlantiques relevant de son ressort.

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Ces territoires cumulent à la fois une exposition accrue aux risques d’érosion et de submersion marine et une attractivité démographique forte, générant une pression foncière. Les efforts de la plupart des collectivités pour concilier ces deux aspects semblent encore trop timides.

Des terres de résidences secondaires…

Au-delà des touristes qui viennent y séjourner pendant les vacances, le littoral Aquitain est particulièrement prisé par les retraités en quête d’air marin, « des urbains aisés », estime la chambre régionale des comptes. Dans un rapport d’avril 2016, le groupement d’intérêt public (GIP) Littoral Aquitain estimait, sur la base de l’évolution constatée entre 2006 et 2011, que plus de 148.000 nouveaux habitants pouvaient être attendus à l’horizon 2034 sur le territoire des intercommunalités littorales de l’Ex-Aquitaine, qui en comptait déjà près de 600.000 en 2011. Le phénomène de migrations résidentielles apparaît donc durable et n’est pas sans impact sur le marché immobilier local.

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…avec peu de logements sociaux

Le manque de foncier disponible et les prix élevés de l’immobilier contraignent beaucoup de jeunes actifs à se loger loin des centres urbains. « La bande littorale est de moins en moins accessible aux revenus moyens et modestes », observe la chambre. Le parc de logements social du littoral ne répond pas du tout aux besoins et se concentre sur des grandes villes comme Bayonne ou La Rochelle. L’étalement urbain qui résulte de cette situation « s’accompagne assez souvent d’une déconnexion entre zone d’emploi et zone d’habitat à l’origine de coûts sociaux et environnementaux », pointe la chambre. On pense par exemple aux trajets domicile travail.

Un manque de coordination sur le sujet 

Beaucoup de zones fragiles sont recensées sur le littoral. Parmi elles, celle de la Pointe et du Mimbeau au cap-ferret, touchées par le risque de submersion. L’urbanisation y apparaît dense et « les démarches de fixation du trait de côte par divers ouvrages en enrochements y relèvent parfois d’initiatives individuelles des propriétaires riverains sans étude d’impact globale », relève l’institution.

Les communes déjà aux prises avec nombre d’obligations de protection, de prévention, sont parfois démunies pour relever le défi de concilier attractivité et fragilité de leur territoire. Certaines ont recours à des bureaux d’études coûteux pour élaborer leur Plan local d’urbanisme (PLU), sans que cela ne les protège d’annulations contentieuses, elles aussi dommageables en termes de frais et de délais.

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Les communes impuissantes ?

La loi Grenelle 2 préconise un travail à l’échelle intercommunale sur le sujet mais certaines communes sont réticentes à cette idée. Le rapport pointe en tout cas un manque d’anticipation des collectivités récemment contrôlées pour se saisir des enjeux urbanistiques et se mettre en adéquation avec les évolutions législatives.

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Consciente des coûts faramineux engendrés par les coûts de relocalisations de certaines communes, comme Lacanau, envisagées à moyen ou long terme, la Chambre parle de dispositifs dédiés à développer pour y faire face.

Elle appelle l’ensemble des acteurs concernés à « se donner les moyens de faire face au triple défi consistant à la fois à aménager, et à ménager le littoral tout en devant parfois envisager de le déménager, selon la formule récente de l’université populaire du littoral Charentais ». Car pendant ce temps, la croissance démographique et le processus d’érosion continuent eux de s’amplifier, selon les derniers travaux de l’Insee et du BRGM.