Comment l'armée et l'Etat aident les militaires et leurs familles victimes de guerre

DEFENSE Un concert avait lieu le jeudi 11 mai à l'auditorium de Bordeaux pour leur rendre hommage...

Geoffrey Clémençon

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L'adjudant chef est porte-drapeau des gueules cassées. Ici au centre avec le béret rouge des parachutistes.
L'adjudant chef est porte-drapeau des gueules cassées. Ici au centre avec le béret rouge des parachutistes. — Geoffrey Demouliez
  • Alice Gaudin a perdu son mari en Afghanistan en 2011. Elle perçoit des indemnités financières suite à la perte de son mari
  • L'adjudant-chef Geoffrey Demouliez a été blessé au Liban lui aussi en 2011

Veuves, veufs ou blessés, ils sont plusieurs en région Nouvelle-Aquitaine à être des victimes de guerre. Un concert organisé par la cellule de communication Défense sud-ouest avait lieu le jeudi 11 mai à l’auditorium de Bordeaux pour les mettre en avant.

« Ne prenez pas de gants avec moi ce n’est pas la peine. Mon mari est mort, pas disparu » s’exclame Alice Gaudin, veuve du lieutenant Matthieu Gaudin, mort en 2011 en Afghanistan. Venue s’installer à Bordeaux, elle témoigne, avec l’adjudant-chef Geoffrey Demouliez blessé au Liban, pour 20 Minutes de la façon dont ils ont été épaulés par les institutions civiles et militaires.

« Je me suis installée à Bordeaux car ma sœur y habite. Et puis nous avons une maison de vacances en Charente-Maritime, c’est le top pour mes cinq enfants. Ils ont fait une force du décès de leur père. Joséphine, la quatrième, voulait une échelle pour aller faire un bisou à son papa enfermé dans » la boîte « sa façon de désigner le cercueil. » Tous les six, ils soutiennent le Bleuet de France, une association qui s’occupe les victimes des guerres et du terrorisme.

La famille Gaudin promeut les Bleuets de guerre.
La famille Gaudin promeut les Bleuets de guerre. - Bleuets de guerre

« C’est une manière de remercier ceux qui nous aident. Lorsque j’ai appris la mort de mon mari, son régiment, le 3e régiment d’hélicoptères de combat m’a beaucoup aidée pour les démarches administratives. Des psychologues ont aussi été mis à disposition pour les enfants et moi. Enfin il y a bien sûr des indemnités financières. »

Le lieutenant Matthieu Gaudin était commandant de bord d'un hélicoptère gazelle.
Le lieutenant Matthieu Gaudin était commandant de bord d'un hélicoptère gazelle. - Famille Gaudin

 

Un constat partagé par l’Adjudant-chef Demouliez, blessé au Liban en 2011 : « Mon véhicule, un 4x4, a sauté sur un engin explosif improvisé. Résultat, j’ai deux hernies discales aux cervicales, un bassin vrillé, des acouphènes, une baisse de l’acuité visuelle et de l’audition et surtout un syndrome post-traumatique. J’ai du mal à vivre dans la foule, je ne supporte plus l’injustice, l’agressivité ou le jugement des autres. C’est très pénalisant au quotidien, on vit avec ses démons. » Du coup, pour se protéger, il a demandé quatorze fois à être hospitalisé à Bordeaux.

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Là-bas, il côtoyait d’autres militaires subissant les mêmes problèmes : « De manière générale, j’ai coupé avec l’armée. Je suis en train de la quitter. Elle prend en charge convenablement, selon moi, les blessés. Il y a aussi une entraide entre ces derniers avec par exemple l’association » Au-delà de nos handicaps «. Elle accueille aussi des accidentés de la route. »

Cette solidarité, Geoffrey Demouliez ne la trouve pas toujours au quotidien : « Il y a une rupture après la blessure. On incarne le risque, les gens sont frileux avec nous. On n’a plus les mêmes moyens de communication. J’entends beaucoup moins bien. Il y a aussi la reconnaissance qui n’est pas au rendez-vous. J’ai 20 ans d’armée, cinq opérations extérieures et une vingtaine de pays parcourus. Il faut considérer le sacrifice de nos soldats. » Un sacrifice que n’a pas oublié l’Adjudant-chef puisqu’il est désormais porte-drapeau pour une association de gueules cassées.

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