Bordeaux: Armés de couettes et de couvertures, les Robins de la rue aident les SDF

SOCIAL Il fait beau mais pas forcément chaud pour les SDF à Bordeaux...

Geoffrey Clémençon
— 
Serban, SDF roumain, est le premier à profiter des dons des Robins de la rue.
Serban, SDF roumain, est le premier à profiter des dons des Robins de la rue. — G. Clémençon/20 Minutes
  • Les Robins de la rue sont l'une des associations aidant les SDF
  • Financés essentiellement par des dons privés, ils ne disposent d'aucune subvention
  • Malgré les beaux jours, les maraudes continuent

Ils empruntent aux riches pour donner aux pauvres. Les Robins des bois sont financés uniquement par des dons privés. 20 heures, un mercredi soir à Bordeaux. Les membres de l’association débutent leur maraude pour donner des vêtements aux SDF. L’hiver a beau être terminé, les nuits restent fraîches et les couvertures les bienvenues.

Le groupe se scinde en deux pour s’occuper des deux circuits prévus : l’un va de la rue Sainte-Catherine à la place de la Victoire tandis que l’autre démarre Porte Dijeaux, passe par la place Gambetta et Mériadeck pour terminer dans le quartier Saint-Michel. Corinne Dalbera, l’une des deux fondatrices de l’association, précise que chaque équipe « dispose de son secteur. Trois heures de maraude sont prévues au total. Les grandes rues commerçantes comme les parkings sont quadrillés. On organise une sortie tous les 15 jours. Même si les beaux jours arrivent, les nuits sont froides ! »

Sacs de randonnée, cabas et chariots prêts pour la maraude.
Sacs de randonnée, cabas et chariots prêts pour la maraude. - G. Clémençon/20 Minutes

« On évite certaines zones qui sont chaudes »

Chariots, sacs de randonnée et cabas sous le bras, la maraude commence. Un quart d’heure plus tard, rencontre avec le premier SDF. Serban, la quarantaine, a joué de l’accordéon toute la journée pour quelques piécettes dans son tabouret qui fait office de récipient. Une couette, une paire de chaussures et une nouvelle veste plus tard, il affiche un grand sourire : « Cela ne se passe pas toujours bien. On évite certaines zones qui sont chaudes. Les parkings notamment, plus on descend des étages, plus c’est dangereux. Même certains SDF nous préviennent de ne pas aller au-delà des -2 ou des -3 » affirme Léo Martin, bénévole pour les Robins. Les parkings sont très prisés car chauffés.

>> A lire aussi : Montpellier: Avec l'équipe de France des SDF, le football devient objet d'insertion

La marche se poursuit. Alpagués par des jeunes devant le Grand-Théâtre, le ton monte : « Tu crois que c’est marqué sur ma gueule que j’suis SDF ? » Les Robins poursuivent leur chemin : « Ils existent aussi des profiteurs qui se ruent sur nous dès qu’ils nous voient pour essayer de bénéficier de quelque chose. L’été, on a aussi des jeunes ados rebelles qui vivent la journée dans la rue et rentrent chez leurs parents le soir » précise,  furieux, Imad, l’un des bénévoles.

Laurie coupe les cheveux de Théo.
Laurie coupe les cheveux de Théo. - G. Clémençon/20 Minutes

 

Mais l’immense majorité des personnes allant à la rencontre des maraudeurs sont dans le besoin. Majoritairement des hommes, ils sont âgés comme très jeunes à l’instar de Théo, 19 ans, qui profite des talents de coiffeuse de Laurie pour se faire couper les cheveux : « On a beau vivre dans la rue, on reste propre ! Je me douche chez des gens et je dors toujours dans des endroits que je connais et bien fréquentés. J’évite les Capucins par exemple. » Virginie, coiffeuse dans le civil et bénévole, renchérit : « Se regarder dans une glace est quotidien pour nous mais quand tu vis dans la rue, ce n’est pas anodin. Il conserve une part d’humanité… » Théo l’interrompt : « La drogue et l’alcool nous déshumanisent mais moi, depuis que j’ai mon chien, je ne prends plus rien ! »

 

Théo admire sa nouvelle coupe.
Théo admire sa nouvelle coupe. - G. Clémençon/20 Minutes

Les échanges sont de plus en plus longs, le besoin de parler omniprésent. Bart, 19 ans lui aussi, raconte son tour de France entrepris il y a deux ans : « A Bordeaux, il fait froid je trouve alors que c’est le printemps. Je reviens de Toulouse et ben c’est pas la même ! Attendez, je vous montre quelques tours que j’ai appris à ma chienne. »

Un contrôle de police ? Haut les pattes sur le mur !
Un contrôle de police ? Haut les pattes sur le mur ! - G. Clémençon/20 Minutes

Toper la patte dans la main de son maître, aboyer sur demande ou encore hisser ses pattes sur un mur, Bart dresse son animal de compagnie pour faire du cirque. Les pattes contre le muret, c’est pour mimer l’attitude des hommes lorsqu’ils sont contrôlés par les forces de l’ordre. Ce qui en dit long sur l’habitude qu’ont les SDF de tenir les murs.

>> A lire aussi : Nord: Pas réglo, le cultivateur de cannabis s’est fait balancer