Gironde: Un épisode de gel sinistre au moins plusieurs milliers d'hectares du vignoble Bordelais

INTEMPERIES Les températures sont descendues jusqu'à -4°C dans la nuit de mercredi à jeudi...

Elsa Provenzano

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Certains viticulteurs ont la quasi totalité de leur vignoble impacté.
Certains viticulteurs ont la quasi totalité de leur vignoble impacté. — Olivier Chaignaud
  • Un épisode de gel a généré d'importantes pertes sur les vignobles de Gironde. 
  • Une réunion de crise a été demandée par le syndicat FDSEA33

Il faut remonter à 1991 pour trouver un tel épisode de gel à cette éqoque de l’année, sur le Bordelais. Dans la nuit de mercredi à jeudi, les températures sont descendues jusqu’à -3 °C et -4°C  et s’il est encore trop tôt pour faire un état des lieux, on sait déjà que les « pertes sont importantes » et que « plusieurs milliers d’hectares » sont sinistrés sur l’ensemble du département de la Gironde.

« C'est un épisode de gel sévère, toutes les zones sont touchées.  On a des taux allant de 20% selon certaines propriétés à 90 - 100 % dans les zones les plus exposées, mais il est trop tôt pour une évaluation exhaustive et précise. On s'attendait pour cette nuit à avoir des températures négatives de l'ordre de -1°C mais c'est descendu à -3 et -4°C dans certaines zones », commente Allan Sichel, président du Conseil Interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB)  dans un communiqué. 

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« Relativement catastrophique »

« Sur certaines parcelles, les jeunes pousses sont entièrement grillées et il y aura 0 récolte sur celles-là, constate Franck Ballester, directeur de la fédération départementale des syndicats exploitants agricoles de la Gironde (FDSEA33). Après, sur des cépages un peu plus tardifs, les contre bourgeons peuvent redémarrer mais la récolte sera moindre. » Il parle d’un épisode « relativement catastrophique » et son syndicat a demandé une réunion de crise avec les collectivités, qui devrait se tenir en début de semaine prochaine.

On ignore encore exactement le nombre d'hectares de vignes sinistrés.
On ignore encore exactement le nombre d'hectares de vignes sinistrés. - Olivier Chaignaud

Olivier Chaignaud, viticulteur à Lussac dans le Libournais a été très durement impacté. « Sur certaines parcelles, 100 % des vignes sont touchées, déplore-t-il. Les températures sont descendues jusqu’à -3 °C et il y avait beaucoup d’humidité ». Ce vigneron estime qu’au moins 18 à 19 hectares sur les 24 de son exploitation ont été touchés.

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Une première gelée avait eu lieu la semaine dernière, mais ses effets sont restés très limités. Ce fort épisode de gel intervient en plus à un moment où la vigne est particulièrement vulnérable. « Si le gel intervient au début du mois d’avril, quand les pousses de vignes commencent à sortir, elles ont le temps de se reformer mais là, fin avril, les rameaux faisaient une vingtaine de centimètres et les grappes étaient formées », explique Olivier Chaignaud. Il ajoute que la vigne est un végétal robuste et qu’elle repoussera dans trois semaines mais elle produira alors très peu de raisins

Quelles solutions pour lutter contre le gel ?

Certains viticulteurs allument des feux sur le pourtour de leurs vignobles pour que la fumée protège un peu leurs parcelles. D’autres, à Saint-Emilion par exemple, utilisent des chaufferettes qu’ils disposent entre leurs rangs ou des systèmes de chauffage à base de cire.

D’autres encore ont recours aux éoliennes ou aux survols d' hélicoptères pour brasser l’air. « Moi j’ai un vignoble très morcelé donc c’est très compliqué à mettre en place », souligne le viticulteur de Lussac, dont le vignoble est assuré. Il précise que beaucoup d’autres vignerons ont fait l’impasse sur les assurances, par souci d’économie.

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Ce viticulteur s’apprêtait à commencer les travaux en vert (notamment la taille permettant de retirer les plantes inutiles) dans ses rangs et avait prévu d’embaucher de la main-d’œuvre pour l’aider. « J’ai tout annulé », regrette-t-il.

D’autres cultures du département ont souffert du gel. Des plants de pommes de terre cultivés en plein champ à Cestas et Saint-Jean d’Illac sont par exemple « liquéfiés », selon Franck Ballester de la FDSEA33 mais pourront être réimplantés plus tard. La situation pour les cultures maraîchères, les vergers et le maïs est plus compliquée.

Dans la nuit de jeudi à vendredi des températures très basses sont annoncées et les agriculteurs craignent un nouvel épisode de gel.