Bordeaux: Les femmes se sentent plus harcelées à vélo que dans les transports en commun

SECURITE L'institution métropolitaine a fait appel à une équipe universitaire pour mener une étude sur les nouvelles mobilités et l'égalité hommes-femmes...

Elsa Provenzano
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La pratique du vélo est à 60 % masculine à Bordeaux.
La pratique du vélo est à 60 % masculine à Bordeaux. — VALINCO/SIPA

Depuis mi-avril, la Métropole a lancé une grande enquête en ligne auprès des habitants pour connaître leurs habitudes de déplacements et identifier « les empêchements spécifiques à la pratique du vélo, de la marche et du covoiturage que pourraient rencontrer les femmes », explique l’institution métropolitaine.

Yves Raibaud, enseignant-chercheur en géographie à Bordeaux Montaigne et coauteur du guide « Genre et espace public » pour la mairie de Paris est le responsable scientifique de cette enquête, dont les premières conclusions seront livrées à l’occasion de la semaine de la mobilité, du 16 au 22 septembre. Les résultats affinés de l’équipe universitaire interviendront un peu plus tard, à la fin de l’année 2017.

Analyser la baisse de la pratique du vélo chez les femmes

« La pratique du vélo augmente, elle est autour de 10 % à Bordeaux mais la différence entre hommes et femmes augmente elle aussi », observe Yves Raibaud, rappelant qu’une première étude menée en 2013 montrait une utilisation du deux-roues à 60 % masculine. Ce travail montrait aussi qu’après l’arrivée de leur deuxième enfant, les femmes sont nombreuses à abandonner cette pratique, tandis que les hommes la renforcent.

En novembre 2016, des sociologues bordelais s’étaient penchés sur les femmes et leurs déplacements sur la Métropole et avaient montré qu’elles étaient la cible de harcèlements récurrents dans les transports. Et, les femmes interrogées plaçaient le vélo en tête des modes de transports qui les exposent le plus au harcèlement (51 %).

« On pensait que le vélo était plus sécurisant pour les femmes que la marche à pied mais ce n’est pas ce qui ressort de l’étude, pointe Yves Raibaud. Beaucoup de faits de harcèlements se passent à vélo, elles subissent des insultes ou des incivilités, par exemple au feu rouge ». Kéolis avait lancé une campagne contre le harcèlement sur son réseau cet hiver, en réaction à la parution de cette enquête.

Quels effets possibles sur l’aménagement de la ville ?

Les universitaires feront des préconisations auprès de la Métropole, qui sera ensuite décisionnaire dans la possible mise en œuvre d’aménagements. « Les femmes qui couraient près de la Porte de Bourgogne ne passaient pas sous le pont de Pierre, raconte l’universitaire pour illustrer les solutions possibles en termes d’urbanisme. Des aménagements de ce passage ont été réalisés avec un éclairage doux et de la vidéosurveillance dans ce cas-là, et la situation s’est améliorée ».

De la même façon, certaines joggeuses évitaient la plaine des sports, souvent marquée par la présence de groupes de jeunes hommes. Depuis trois ans, la promotion du site assurée l’été par la ville de Bordeaux, a permis d’y faire passer la présence des femmes de 20 à 52 %. « On peut reconquérir des espaces mixtes à condition de mettre en place des actions », souligne Yves Raibaud.

Synthèse prochaine

Des covoitureuses fréquentant des plateformes collaboratives ont aussi été sollicitées par les enquêteurs. Ils s’attendent à découvrir des pratiques de régulation, comme la tendance à choisir des covoitureuses, par exemple. La charge souvent laissée à la femme de faire les courses ou d’aller chercher les enfants à l’école complique aussi la possibilité de covoiturer.

Au-delà de l’enquête, des entretiens menés au sein de six groupes de quatre à huit femmes vont être réalisés et complétés par des observations de terrain, dans l’objectif de proposer une vision collective et de soumettre des préconisations à la Métropole. Une synthèse est prévue à terme avec les travaux menés depuis trois ans sur ce thème, qui s’impose de plus en plus dans le débat public.