Education: «Une heure de jeux intelligents sur la tablette, c'est mieux qu'une heure de télé entrecoupée de pubs»

INNOVATION Marbotic conçoit et développe depuis 2012 des jeux en bois connectés, pour apprendre à lire et compter sur une tablette. Marie Mérouze évoque pour «20Minutes» la problématique du digital pour les enfants …

Mickaël Bosredon
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Avec son jeu "Smart Letters", Marbotic fait le pont entre le bois et le digital.
Avec son jeu "Smart Letters", Marbotic fait le pont entre le bois et le digital. — MARBOTIC

Elle attendait la confirmation depuis plusieurs jours. La start-up Marbotic, basée à Bègles, va annoncer ce mercredi une levée de fonds de 1,45 million d’euros, réalisée auprès d’investisseurs publics et privés.

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Créée en 2012, cette entreprise conçoit, développe et commercialise des jeux en bois connectés pour les enfants de trois à six ans. Smart Letters et Smart Numbers sont les deux produits qu’elle a mis sur le marché à ce jour. Equipés de capteurs, les lettres ou les chiffres en bois se posent sur une tablette, qui interagit avec l’objet via des applications dédiées.

Les financements obtenus vont permettre à la start-up de poursuivre son développement commercial, tout en étendant sa gamme de produits, avec notamment la conception et la réalisation de produits dédiés au milieu scolaire pour l’apprentissage de la lecture dans différentes langues.

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Toucher le marché de l’éducation à l’étranger

« Nous lançons un nouveau produit, un set de 12 phonèmes pour le marché néerlendais, explique à 20 Minutes Marie Mérouze, la fondatrice de l’entreprise. Sur ce produit nous sommes en co-branding avec Educo, premier distributeur de jouets aux Pays-Bas. Ils veulent déjà que l’on fasse un autre set en anglais pour le Royaume-Uni, l’Australie, les Etats Unis et pourquoi pas la sphère asiatique, car les Chinois apprécient beaucoup certaines méthodes d’éducation européenne, notamment les méthodes Montessori. »

Marie Mérouze, fondatrice de la start up Marbotic
Marie Mérouze, fondatrice de la start up Marbotic - M.Bosredon/20Minutes

Marie Mérouze se dit « ravie » de pouvoir toucher le marché de l’éducation, « puisque j’ai créé cette entreprise pour inventer de nouvelles méthodes éducatives. » Mais, « malheureusement en France ce n’est pas possible. Les équipements ne sont pas encore vraiment en place. Les écoles maternelles fonctionnent encore avec de vieux outils sur Windows 95… »

Les parents en première ligne

Du coup, en France, ce sont les parents qui se retrouvent en première ligne. « Si on attend de l’institution éducative qu’elle apprenne aux enfants de se servir des outils numériques, on risque d’avoir des enfants qui ne seront pas au niveau. Mais je reconnais que ce ne sont pas des sujets faciles pour les parents, surtout que les enfants sont attirés par les écrans comme des mouches, et que nous-mêmes sommes tout le temps dessus. »

Selon cette spécialiste des méthodes éducatives, « il y a plusieurs règles à suivre. La première c’est que ça doit être interactif. La deuxième, il faut tout le temps couper Internet avant de donner l’outil à son enfant, pour ne pas qu’il aille naviguer n’importe où et surtout qu’il ne soit pas exposé à de la pub. Il ne faut pas faire tout et n’importe quoi avec les outils numériques. Mais proposer à son enfant une heure ou deux par semaine de jeux intelligents sur la tablette, en l’accompagnant, c’est bien mieux qu’une heure de télé entrecoupée de pubs. »

La publicité, l’ennemi numéro un de l’enfant

La publicité serait en effet l’ennemi numéro un de l’enfant. « Les publicités sont très bien faites et l’enfant n’a pas ce recul pour penser que c’est pour lui faire acheter quelque chose. Donc il le prend au premier degré. »

Si l’on respecte ces consignes, « pas de problème » pour exposer son enfant à du contenu digital. « On a peur du numérique, car c’est un nouveau media qui arrive, mais si c’est bien encadré, que le contenu est de qualité, c’est tout bénéfique. Au début du XXe siècle, les livres c’était considéré comme mauvais pour les enfants. Il ne fallait pas que les enfants soient exposés aux livres, car cela donnait "des idées" aux jeunes filles et parce que c’était un objet cher et que ça allait leur abîmer les yeux. Aujourd’hui c’est l’inverse. »

Marbotic réalise son chiffre d’affaires quasiment entièrement (91 %) à l’export (Etats-Unis, Europe de l’Ouest, Australie, Asie).

Un nouveau tour de table

« Il nous aura fallu près d’un an pour boucler ce tour de table [d’1,45 million], et nous sommes heureux d’avoir convaincu à la fois les investisseurs historiques, qui nous renouvellent leur confiance, et de nouveaux investisseurs », indique Marie Mérouze, fondatrice de Marbotic. Parmi les nouveaux financeurs se trouvent Mirabelle SARL (dont Gilles Pierson, fondateur du groupe Actéon, est le dirigeant), Marguerite Fournié (ex-Acteon), ainsi que Michelin développement, qui soutient les start-up à fort potentiel de création d’emplois. On retrouve également trois financeurs historiques : Arnaud Vinciguerra (aussi investisseur d’Azendoo, autre pépite girondine), la Banque publique d’investissement, et la région Nouvelle-Aquitaine, dans le cadre de son programme de soutien à l’export.