Décès de Henri Emmanuelli: Il était «Notre Père» des Landes

POLITIQUE L’ancien ministre PS est décédé ce mardi à l’âge de 71 ans. Il aura marqué le département des Landes qu’il présidait depuis 1982…

Mickaël Bosredon

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Henri Emmanuelli, le 30 août 2014 à La Rochelle.
Henri Emmanuelli, le 30 août 2014 à La Rochelle. — B. BISSON/JDD/SIPA

Figure de la région Aquitaine, et en particulier du département des Landes qu’il présidait depuis 1982, l’ancien ministre et président de l’Assemblée nationale Henri Emmanuelli est décédé ce mardi à Bayonne (Pyrénées-Atlantiques), où il était hospitalisé pour une double bronchite depuis vendredi, à l’âge de 71 ans.

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Henri Emmanuelli souffrait de neuropathie, une affection des nerfs moteurs et sensitifs, depuis 2015. Il avait lui-même évoqué sa maladie en public. « Je le savais fatigué et malade, raconte le président PS de la région Nouvelle-Aquitaine Alain Rousset. Henri affichait une grande dignité dans la souffrance qu’il a pu avoir jusqu’au bout. » Sa disparition a suscité un grand nombre d’hommages de la part de la sphère politique régionale.

Il a accompagné François Mitterrand toute sa vie

La séance du budget du conseil départemental des Landes, qui se tenait ce mardi matin, a dû être interrompue à la suite de cette annonce qui a été ressentie comme une onde de choc pour les élus qui y participaient.

Né à Eaux-Bonnes (Pyrénées-Atlantiques) en 1945, issu d’un milieu populaire puis banquier de profession au sein de Rothschild avant d’être élu pour la première fois député le 19 mars 1978 dans la troisième circonscription des Landes, Henri Emmanuelli était un proche de François Mitterrand. « Il l’a accompagné toute sa vie » témoigne l’ancien maire PS de Pessac, près de Bordeaux, Jean-Jacques Benoît.

« Il avait trouvé dans les Landes une terre qui lui ressemblait, fière, entière, solidaire. Il l’a marquée de son empreinte pendant près de quarante ans », a réagi ce mardi midi dans un communiqué le président de la République.

« Etant moi-même landais, poursuit Jean-Jacques Benoît, ce qui me frappe, c’est la transformation du département sous la présidence d’Henri Emmanuelli où il a fait des services publics ruraux sa priorité. Il a beaucoup agi pour la solidarité entre les personnes. »

« C’est un des pères fondateurs du PS moderne, mais avant tout un élu local, amoureux des Landes dont il était le plus grand ambassadeur » assure de son côté Jean-Luc Gleyze, président PS du conseil départemental de la Gironde, qui l’a rencontré à de nombreuses reprises, notamment pour évoquer la LGV (ligne à grande vitesse).

« Il tenait son département des Landes d’une main de fer »

Dans un communiqué, le maire de Bordeaux Alain Juppé estime que « c’était un adversaire politique, dur et parfois même un peu sectaire. Il tenait son département des Landes, comme vous le savez cher à mon cœur, d’une main de fer. Un département qui s’est bien développé au cours des dernières décennies. Il laissera une marque forte sur la région Aquitaine et sur les Landes où il avait commencé sa vie politique presque en même temps que moi dans les années 1970. »

Le président et député des Landes s’était également plusieurs fois illustré sur le front économique. « Son expertise économique et son appétence pour le monde industriel n’étaient plus à démontrer, assure Alain Rousset.Je pense notamment à ses récentes prises de décisions lors de la crise aviaire pour soulager les acteurs de la filière gras. »

A l’Assemblée, il adresse un doigt d’honneur à François Fillon

Henri Emmanuelli, c’était un personnage dont le franc-parler aura marqué la carrière. On se souvient de cette scène à l’Assemblée nationale où il a adressé… un doigt d’honneur à François Fillon !

« Il exprimait ses convictions avec fermeté, parfois avec rudesse, toujours avec sincérité », estime le président de la République. « Il pouvait être un peu brut, confirme Jean-Jacques Benoît, il disait sa vérité de manière vive, mais c’était surtout quelqu’un d’une grande chaleur humaine. »

« Dans les moments difficiles, nous avons échangé des mots plutôt sympathiques », se souvient Juppé

Elu premier secrétaire du Parti socialiste en 1994, il n’avait pas été épargné par les affaires, et avait été condamné en 1997 à dix-huit mois de prison avec sursis et à deux ans de privation de ses droits civiques dans l’affaire « Urba », un système de financement occulte du parti, à l’époque où il en était le trésorier. « Je me souviens d’un congrès à Bordeaux, juste après cette affaire, alors que j’étais jeune militant, raconte Jean-Jacques Benoît. Je garde cette image d’un homme blessé, mais qui relevait le gant de manière énergique pour défendre son honneur et celui du PS. »

« Premier secrétaire alors que le Parti socialiste traversait une grave crise, il en a subi les conséquences, mais il a préparé les conditions de la reconquête » estime le président de la République François Hollande dans son communiqué.

« Henri Emmanuelli était aussi un homme politique qui savait assumer ses responsabilités jusqu’au bout, indique Alain Juppé. Il était chef de parti, 1er secrétaire du parti socialiste et il en a subi les conséquences. Cela avait créé entre nous une forme de compréhension mutuelle. Dans les moments difficiles, nous avions échangé des mots plutôt sympathiques. »

Figure de l’aile gauche du parti, il soutenait Benoît Hamon dans cette présidentielle, lequel le présente parfois comme son « père spirituel ». « C’était un homme de combat juste et sincère, poursuit Jean-Luc Gleyze, qui analysait de façon pertinente le monde qui l’entourait, sans langue de bois. Ses discours et ses interviews étaient toujours pleins d’élégance et d’humour. C’est quelqu’un pour qui j’ai une énorme admiration. »