Transports: «Je n'imagine pas un instant qu'il n'y ait plus de navette aérienne entre Bordeaux et Paris»

LIGNE A GRANDE VITESSE La SNCF a ouvert ce mercredi ses réservations pour les TGV de la nouvelle ligne à grande vitesse Bordeaux-Paris, avec des tarifs attractifs. L'aéroport de Bordeaux va tenter coûte que coûte de maintenir sa navette Air France...

Mickaël Bosredon

— 

TGV arrivant en gare de Bordeaux le 8 mai 2016
TGV arrivant en gare de Bordeaux le 8 mai 2016 — M.Bosredon/20Minutes

La SNCF a ouvert ses réservations pour la LGV Bordeaux-Paris ce mercredi. La Ligne à grande vitesse mettra, dès le 2 juillet, Bordeaux à 2 h 04 de la capitale, avec 18,5 allers-retours directs quotidiens. Mais ce sont surtout les tarifs qui étaient attendus. L'offre de la SNCF commence à 25 euros pour des trains directs vers Paris-Montparnasse en 2 h 08, et même 10 euros pour des TGV Ouigo entre Bordeaux et Roissy ou vers Massy !

>> A lire aussi : SNCF: La nouvelle LGV Paris-Bordeaux fait monter les prix de 3% à 16%

Les tarifs montent jusqu'à 119 euros, avec un large éventail entre 45 et 55 euros. Ce qui met le train au-dessus des liaisons en car (compter de 18,90 euros à 39,80 euros pour un temps de parcours entre 7 h et 9 h) et en covoiturage (un peu plus de 30 euros chez Blablacar pour un temps de parcours de 6 h 20).

Du côté de l'avion, on attendait la réponse d'Air France. Elle ne s'est pas faite attendre puisque la compagnie aérienne propose déjà pour le mois de juillet des vols à 38 euros pour Orly. Mais, évidemment, elle aura plus de mal à s'aligner sur des tarifs inférieurs à 30 euros.

Le directeur de l'aéroport de Bordeaux craint une guerre tarifaire qui ne soit pas «rationnelle»

La grille tarifaire de la SNCF n'a pas manqué de faire réagir du côté de l'aéroport de Bordeaux-Mérignac. « La SNCF est bien être obligée de vendre pour remplir ses 35.000 sièges quotidiens entre Bordeaux et Paris [soit cinq fois le trafic aérien, NDLR] » commente pour 20Minutes Pascal Personne, directeur de l'aéroport de Bordeaux-Mérignac.

>> A lire aussi : Bordeaux: Le réseau de trams et bus va devoir lui aussi s’adapter à l’arrivée de la LGV vers Paris

Le directeur de l'aéroport s'inquiète d'une « guerre tarifaire (...) dans des conditions qui ne seraient pas rationalisées : la SNCF va faire de gros efforts tarifaires pour remplir ses trains, mais Guillaume Pépy, son président, a annoncé lui-même que la compagnie serait déficitaire sur cette ligne [La SNCF a budgété une perte de 90 millions d'euros rien que pour les six mois d'exploitation en 2017, NDLR]. Je ne crois pas qu'Air France pourrait se permettre d'avoir ce genre de déficit d'exploitation. »

Air France devrait alléger sa navette vers Orly à dix vols quotidiens

Air France propose à ce jour six vols quotidiens vers Roissy, et 14 vers Orly. La compagnie a indiqué qu'elle maintiendrait cette fréquence jusqu'à cet hiver. Après ? « Sans doute que la navette vers Orly sera allégée aux alentours de dix vols quotidiens, indique Pascal Personne, mais je n'imagine pas un seul instant qu'il n'y ait plus de liaison aérienne entre Bordeaux et Paris. »

La SNCF a pourtant fait de l'avion sa cible, en indiquant qu'elle souhaitait récupérer... 100 % du trafic aérien, soit 1,8 million de passagers. « Ce sont des déclarations fortes, et qui interpellent, analyse Pascal Personne. La SNCF prévoit une progression de son trafic de 2,3 millions de passagers avec la LGV. Cela voudrait donc dire qu'elle ne serait capable de capter que 500.000 nouveaux passagers, quand tout le reste serait pris à l'aérien ? Est-ce qu'on a construit une LGV, dont l'investissement a été colossal, pour générer si peu de nouveau trafic ? Si ce n'est que du transfert modal, je ne vois pas l'intérêt. »

L'aéroport de Bordeaux mise beaucoup sur les passagers en correspondance vers l'étranger

Par ailleurs, Pascal Personne est persuadé que l'aéroport « a des atouts » qui lui permettront de rester dans la course. « Je ne crois pas que la LGV va prendre 100 % du trafic aérien. La navette aérienne vers Roissy restera utile à nos 600.000 passagers annuels qui l'utilisent et qui sont pour la plupart en correspondance vers l'international. Et le TGV ne sera pas à 2 h de Roissy, mais à plus de 3 h. »

>> A lire aussi : Bordeaux: Le trafic de l'aéroport a progressé de près de 9% en 2016

L'aéroport, selon son directeur, s'appuie par ailleurs sur « une zone de chalandise très forte, avec une importante présence d'entreprises autour de Mérignac. Enfin, je pense qu'il est nécessaire de maintenir une pluralité de l'offre de transport, y compris avec l'aérien. »

En attendant, la guerre commerciale entre les deux compagnies semble bel et bien avoir démarré.