Un syndicat des coursiers à vélo naît à Bordeaux : «On ne veut pas devenir riches mais que le métier soit viable»

SOCIAL Des livreurs à vélo Bordelais viennent de créer une section syndicale CGT pour faire valoir leurs droits dans cette profession en pleine expansion…

Elsa Provenzano

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Ces trois jeunes font partie du millier de coursiers qui travaillent à Bordeaux.
Ces trois jeunes font partie du millier de coursiers qui travaillent à Bordeaux. — E.Provenzano / 20 Minutes

Ils sont à l’heure actuelle environ un millier à sillonner à vélo les rues de Bordeaux, leurs volumineux sacs à dos sur les épaules, pour livrer les plats préparés par les restaurants au domicile des particuliers. Parmi ces coursiers, certains viennent de créerune section syndicale CGT pour défendre les intérêts d’une profession nouvelle et très précaire, qui voit déjà s’effilocher le peu d’avantages que les différentes plateformes (Deliveroo, Foodora, Ubereats) lui avaient fait miroiter au lancement de ces activités.

Arthur, Sara et Maël sont coursiers à vélo à Bordeaux et ont crée une section syndicale CGT pour défendre leurs droits.
Arthur, Sara et Maël sont coursiers à vélo à Bordeaux et ont crée une section syndicale CGT pour défendre leurs droits. - E.Provenzano / 20 Minutes

« Au départ, quand il pleuvait on avait 15 euros de prime, après cela a été un euro de plus par course et maintenant c’est exceptionnel, explique Maël Sinitzky, coursier à plein-temps chez Deliveroo. Aujourd’hui on travaille sous la pluie et on n’a même plus de prime. » Le même sort a été réservé aux primes pour le travail le week-end. Au démarrage, c’était 50 euros pour les coursiers qui enchaînaient les trois soirs du week-end après cela s’est transformé en mini-primes de 2€/heure le vendredi, 3 €/heure le samedi et 5€/heure le dimanche, et aujourd’hui c’est seulement 1€/heure le vendredi, 1€/ heure le samedi et 2€/heure le dimanche.

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Une profession qui cumule les fragilités

« Que les coursiers soient contents ou pas de leurs contrats (de partenariat avec les plateformes), on veut leur dire que quoi qu’il arrive, si on ne s’organise pas, ça va empirer », lance Arthur Hay, coursier à plein-temps chez Ubereats. « On leur présente l’activité comme s’ils avaient le choix et la liberté, mais en définitive ce n’est ni l’un ni l’autre, au contraire ce sont des conditions encore plus liantes que pour un salarié », dénonce Corinne Versigny, secrétaire générale CGT de l’union départementale Gironde. Elle estime que le syndicat doit s’adapter aux nouvelles formes du travail, en aidant les travailleurs, en l’occurrence des auto-entrepreneurs, à acquérir davantage de droits et de protection sociale. « Et, sur ce terrain, il y a tout à construire », constate-t-elle.

« Dans ce métier, il faut parler en horaire, il y en a qui gagnent 3 000 euros par mois mais si on prend en compte leurs charges, le coût des réparations du vélo, le fait qu’ils n’aient pas de congés payés, alors le taux horaire s’approche seulement du SMIC », explique Arthur Hay. Certains comme Sara Zerouali sont étudiants et ne travaillent que le soir ou le week-end, mais d’autres qui sont à plein-temps doivent travailler plus de 70 heures pour se dégager un salaire décent. « J’ai gagné 13,6 € brut lors de ma dernière facture et je fais partie des mieux payés… » estime Sylvain Connez qui travaille pour Deliveroo et Foodora.

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« Il n’y a pas de service ressources humaines et cela donne un peu n’importe quoi, observe Arthur Hay. Les plateformes mettent le plus de personnes possible et on les met dans l’arène où elles doivent se battre pour avoir des commandes. » Quand il a été licencié de chez Deliveroo, il s’est retrouvé deux semaines sans emploi. « Je suis revenu au métier avec Ubereats. Pourquoi ? Parce qu’avec mon statut je n’ai droit à rien, je n’ai eu aucun revenu pendant deux semaines. » Les licenciements interviennent sur des critères qui ne sont pas négociés et les auto-entrepreneurs n’ont pas accès aux statistiques que peuvent utiliser contre eux les plateformes. « On ne sait pas ce qui va se passer la semaine prochaine », résume le jeune homme.

Comment vont-ils agir ?

La priorité de ce nouveau syndicat de coursiers est de fédérer la profession et d’établir collectivement des revendications. « On veut cibler les problèmes qu’il y a pour les coursiers dans chaque plateforme », explique Sylvain Connez. Ils ne veulent pas détruire les plateformes et regrettent même de devoir leur infliger « cette mauvaise publicité », alors que ce sont leurs clientes, mais les discussions des derniers mois avec ces entreprises ont été vaines.

« On ne veut pas devenir riches, mais pérenniser ce métier, le rendre viable pour que ce ne soit pas ce à quoi on a recours trois mois quand on se fait virer d’une boîte », détaille Arthur Hay. Ils vont devoir convaincre leurs collègues qu’il est nécessaire de s’organiser pour travailler dans de meilleures conditions. Un défi compte tenu du turn-over important dans la profession et de la diversité des profils.

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Ils sont déjà en lien avec des collectifs lancés dans d’autres villes (Nantes, Paris, Toulouse, Lyon) et ont l’ambition de rendre le mouvement national. « On nous dit que c’est à Paris que cela se décide et à Paris, on leur dit que c’est à Londres, peste Arthur Hay. Qu’on arrête de nous faire tourner en rond ! »

L’idée, c’est aussi de sensibiliser la clientèle de ces plateformes à la condition des coursiers. Car s’ils ont toujours le sourire, leur travail est loin d’être toujours rose…

Le syndicat organise une première action le 15 mars à 19 heures, place Fernand-Laffargue. Pour contacter la section : syndicatcoursiers33@gmail.com