Alain Juppé, à la sortie de son discours du 6 mars 2017 à Bordeaux
Alain Juppé, à la sortie de son discours du 6 mars 2017 à Bordeaux — M.Bosredon/20Minutes

POLITIQUE

Présidentielle: Les Bordelais tristes pour Juppé, «il aurait fait un président digne, expérimenté et rassurant»

Ils ont été nombreux à réagir sur les réseaux sociaux après l’annonce d’Alain Juppé de ne pas se présenter à l’élection présidentielle. « 20Minutes » est allé à la rencontre des Bordelais pour recueillir leurs témoignages…

Il a « hésité, réfléchi. » Cela a été « une décision difficile à prendre, très difficile même. » Mais il a finalement tranché. Alain Juppé a annoncé lundi « une bonne fois pour toutes » qu’il ne se présenterait pas à l’élection présidentielle.

Une décision qui n’a pas manqué de faire réagir à Bordeaux, son fief. Alain Juppé a reçu sur les réseaux sociaux un nombre incroyable de messages de soutiens.

« Triste de voir notre maire renoncer »

« Je sais que je vais faire des déçus » a d’ailleurs indiqué dans sa conférence de lundi le maire de Bordeaux. 20 Minutes est allé à la rencontre des Bordelais, qui nous livrent leurs témoignages sur ce qu’ils pensent d’Alain Juppé.

Ludovic Marques, 30 ans, se dit « déçu mais surtout triste : triste de voir notre maire renoncer à un destin auquel il a tant pensé. Il ne faut pas le voir comme un sauveur, mais comme celui qui aurait permis de faire la synthèse entre tous. Malheureusement depuis sa défaite aux primaires, il n’était plus véritablement légitime. »

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Pour Ludovic, Juppé, «  c’est un homme d’Etat qui aurait pu rassembler les Français autour d’un projet modéré et sans clivage. Je pense qu’il aurait pu redresser notre économie et redonner une hauteur à la fonction présidentielle. Il aurait fait un président digne, expérimenté et rassurant. » Il a trouvé le maire de Bordeaux « partagé entre l’émotion, la colère et l’amertume » dans son discours. « Un discours qui ne ménage pas son propre camp. »

« Ce qu’il a fait à Bordeaux, il aurait pu le faire au niveau national »

Hortense, 26 ans, est, elle aussi, « déçue qu’Alain Juppé n’y aille pas » car « cela aurait permis de faire rayonner Bordeaux pendant la campagne, de mettre en lumière ce qui a été fait ici ces dernières années. Il avait bien plus la carrure que François Fillon mais, à mon sens, Fillon ne pouvait plus reculer, c’était déjà trop tard. »

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Autre déçue, Claire, 38 ans, « espérait » qu’il change d’avis, qu’il décide finalement d’y aller. « Je le soutiens depuis le début, parce que je pense que ce qu’il a fait à Bordeaux ces 20 dernières années, la façon dont il a transformé la ville, il aurait pu le faire au niveau national. Les derniers événements m’ont renforcé dans mon choix, m’ont fait penser que l’on pouvait davantage faire confiance à Alain Juppé qu’à François Fillon. Mais Fillon s’est accroché. C’est dommage. »

« Contente qu’il reste avec nous à Bordeaux »

Coline, 25 ans, se dit au contraire « contente qu’il reste avec nous à Bordeaux car il y a encore plein de choses à faire, à commencer par la rénovation des quartiers, qui se poursuit depuis plusieurs années. » Bordeaux a « une tradition de maires qui restent très longtemps, à l’image de Chaban-Delmas. Autant que Juppé fasse pareil et termine sa carrière politique dans un endroit où il est apprécié. » De plus, « il est trop vieux pour être président, ça aurait été dur pour lui de faire campagne maintenant, après les affaires de François Fillon. »

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Pour Ezequiel Wachs, Bordelais franco-argentin de 29 ans, Juppé était « le candidat qui me motivait le plus car je sais ce qu’il a fait à Bordeaux », pointe-t-il. « Il a impulsé une dynamique au niveau culturel, urbanistique qui en fait une ville en transition, ce qui est très rare en Europe. » Même s’il ajoute immédiatement que l’élection présidentielle « ce n’est pas la même échelle. »

Grégory, 39 ans, n’est, lui, pas « déçu » mais aurait « préféré Alain Juppé comme candidat car il a une politique moins brutale que François Fillon ». Grégory a apprécié le discours de sortie de son maire. « Je l’ai trouvé très lucide quant à son âge, c’est une sortie digne. »

Et maintenant… Un vote sans conviction

Et maintenant ? Ludovic Marques va « voter par défaut et non par adhésion. » « J’exclus les extrêmes et je n’ai pas d’affinité avec la gauche. Fillon me paraît disqualifié et Macron va avoir du mal à gouverner sans majorité claire. Un des deux mais sans conviction. » Claire ne veut pas dire pour qui elle votera, mais précise qu’elle « fera barrage au FN. »

Ezequiel Wachs se prépare, lui, à voter « sans conviction » pour Emmanuel Macron qualifié de « moins pire » des candidats, mais dont il apprécie la volonté de « trouver un juste milieu », même si le « côté attrape-tout » de son programme lui fait un peu peur.