«Les collections du muséum ont été constituées par l'activité portuaire de Bordeaux»

INTERVIEW Alors que le muséum de Bordeaux doit rouvrir au printemps 2018, Nathalie Mémoire, sa conservatrice, explique la philosophie du futur établissement...

Mickaël Bosredon

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Nathalie Mémoire, conservatrice du mésum d'histoire naturelle de Bordeaux
Nathalie Mémoire, conservatrice du mésum d'histoire naturelle de Bordeaux — M.Bosredon/20Minutes

Nathalie Mémoire, conservatrice du muséum d’histoire naturelle de Bordeaux, explique à 20 Minutes les grandes lignes du futur établissement, qui doit rouvrir au printemps 2018.

Quelle sera l’idée générale du futur muséum ?

Le propos de l’exposition permanente, c’est la nature vue par les hommes. Nos collections, ce sont ce que les hommes ont ramené des quatre coins de la terre au fil du temps. Elles sont essentiellement mondiales, et très peu régionales, car elles ont été constituées par l’activité portuaire de Bordeaux.

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La particularité de notre époque, c’est l’action de l’homme sur la biodiversité, avec la disparition de certaines espèces. Les expositions aborderont-elles ce sujet ?

Les hommes seront toujours en filigrane dans les expositions. On montrera l’espèce humaine classée parmi les animaux, parmi les primates… Et on aura l’homme culturel, avec une rubrique « l’homme responsable », qui fera des zooms sur la domestication, sur la nature exploitée et menacée, et un dernier point sur la nature conservée.

Comment s’est opéré le choix des spécimens qui seront présentés ?

On ne présentera qu’une petite partie des collections entreposées dans notre centre de Bacalan, parmi les spécimens les plus spectaculaires. Environ 4.000 - animaux, coquilles, fossiles… - seront montrés sur plus d’un million qui est conservé. On essaiera d’avoir un panachage entre les 2.000 spécimens que nous avons fait restaurer et les nouvelles acquisitions. Celles-ci se font généralement auprès des zoos, de l’office national de la chasse et de la faune sauvage, et de la LPO qui a un centre à Audenge.

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Ce que l’on veut présenter, c’est la diversité de nos collections, et la diversité des milieux aquatiques, terrestres et aériens. Notre philosophie sera aussi d’expliquer que ce qui est montré au musée est loin d’être la totalité de ce qu’on a récolté, mais représente ce qu’on a pu collecter et ce qu’on a voulu conserver. Par exemple, nous possédons une collection importante de tortues, beaucoup plus riche que notre collection de serpents, parce que les carapaces se conservent très bien, alors que les serpents se naturalisent et se conservent très mal. Pourtant, dans la nature, il existe plus d’espèces de serpents que de tortues. Nous allons également montrer comment on classe le vivant, ce qui est une préoccupation depuis l’antiquité. Or, on ne classe plus le vivant comme on le classait il y a même une cinquantaine d’années. Nous allons expliquer quels objectifs étaient recherchés par les scientifiques, l’état de la connaissance aujourd’hui, qui sera peut-être différent dans 40 ou 50 ans. C’est un processus évolutif qui peut être réfuté.

Le futur muséum sera-t-il plus grand et plus riche que l’ancien ?

D’un point de vue surface, on a gagné le maximum que l’on pouvait, néanmoins on reste sur des superficies relativement modestes. Il n’empêche : il y aura beaucoup de choses à voir, avec notamment une vingtaine de bornes multimédia. On ne pourra pas tout lire en une fois, et l’idée est de proposer au public de venir et revenir.