Bordeaux: Le stockage sous douane du vin devient un business de plus en plus rentable

VIN Bordeaux City Bond est une des entreprises qui propose le stockage sous douane des vins, avant qu'ils ne partent pour l'étranger. Avec la spéculation sur les grands crus, ce modèle économique a trouvé son marché ces dernières années...

Mickaël Bosredon

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Bordeaux City Bond, près de Bordeaux, stocke essentiellement de grands crus
Bordeaux City Bond, près de Bordeaux, stocke essentiellement de grands crus — M.Bosredon/20Minutes

Depuis la modification de la réglementation douanière de 2009, les sites de stockage de vins sous douane ont fleuri dans le Bordelais. Pas moins d’une dizaine d’entrepôts autour de Bordeaux proposent aux acheteurs étrangers de stocker, en suspension de la TVA et des droits de douane, leur vin acheté dans des propriétés bordelaises. Conservé ainsi au plus près de son lieu de production, le vin, qui déteste les déplacements, attend tranquillement sa destination finale.

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Bordeaux City Bond, émanation de la CCI de Bordeaux et de Vinexpo, stocke dans son entrepôt de Blanquefort quelque 135.000 caisses, soit 1,6 million de bouteilles, pour une valeur estimée à 120 millions d’euros. « Nous ne sommes pas le plus grand entrepôt de la place, mais nous nous différencions par le service que nous apportons et la qualité du stockage » explique la directrice du site Mélusine Ampe.

Bordeaux City Bond, près de Bordeaux, stocke quelque 135.000 caisses de vin, soit 1,6 million de bouteilles
Bordeaux City Bond, près de Bordeaux, stocke quelque 135.000 caisses de vin, soit 1,6 million de bouteilles - M.Bosredon/20Minutes

« Les grands vins de Bordeaux sont de plus en plus spéculatifs »

La marchandise appartient à de grands acheteurs étrangers, notamment des Asiatiques, ou des particuliers collectionneurs non-résidents européens. Elle est stockée ici dans l’attente d’être revendue et de partir à l’étranger. « Au départ, nous étions prévus pour du stockage longue durée, explique Mélusine Ampe, mais le mode de consommation a changé et les vins circulent de plus en plus. Nous enregistrons en moyenne 5-6.000 entrées de caisses pour 4.000 sorties par mois. »

Parfois même, la marchandise change de mains sans bouger de l’entrepôt. « C’est de plus en plus le cas, assure Philippe Dumand, président de Bordeaux City Bond, car les grands vins de Bordeaux, depuis 2005, sont de plus en plus spéculatifs et se boivent de moins en moins. C’est comme des tableaux. »

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Et c’est bien cette évolution du business qui permet à Bordeaux City Bond de prospérer. « On a eu du mal à trouver notre modèle économique au départ, mais depuis deux ans nous sommes à 1,4 million d’euros de chiffre d’affaires pour 200.000 euros de résultat positif », poursuit Philippe Dumand. Petrus, Margaux, Pontet-Canet… L’entreprise ne gère quasiment que des grands crus. « Quand vous arrivez à 500 ou 1.000 euros la bouteille, vous n’êtes plus à quelques euros de plus pour la stocker… », sourit le président.

« Quand un client achète une bouteille à 1.000 euros, il veut savoir où elle a été stockée »

En échange, Bordeaux City Bond garantit un entreposage « premium » : la température de l’entrepôt est maîtrisée entre 14,5°C et 16°C, et la confidentialité de ses clients est assurée. « Seul notre staff, soit une dizaine de personnes, connaît le nom des clients, mais pas nos actionnaires », explique Mélusine Ampe, qui dit gérer 160 comptes principaux et 1.600 sous-comptes.

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Enfin, toutes les caisses sont tracées. « Quand un client achète une bouteille à 1.000 euros, il veut connaître sa vie, où elle a été stockée, dans quelles conditions, si elle a fait le tour du monde ou pas, explique Philippe Dumand. Le traçage d’un vin fait toute la différence : c’est ce qui fait qu’un Petrus va se vendre 30 % plus ou moins cher sur la place… »

Caisse de château petrus entreposée chez Bordeaux City Bond
Caisse de château petrus entreposée chez Bordeaux City Bond - M.Bosredon/20Minutes

Chronoviti, un nouveau service pour faire face à l’essor de l’oenotourisme

Bordeaux City Bond s’est aussi adapté face à l’essor de l’œnotourisme ces dernières années. « Bordeaux, c’est désormais six millions de touristes par an, constate Philippe Dumand, et ce sont des gens qui visitent les châteaux, qui achètent du vin. Avec la problématique de se le faire envoyer chez eux ensuite. »

L’entreprise s’est ainsi rapprochée de La Poste il y a trois ans, pour créer Chronoviti, un service d’envoi à domicile, dans un emballage dédié à la bouteille. Quelque 900.000 bouteilles ont ainsi été expédiées à travers le monde en trois ans. Fort de ce succès, la marque Chronoviti devrait être étendue au Var et à la Bourgogne en 2017.