Grippe aviaire dans le Sud-Ouest : Le transport des animaux «point faible de la filière»

AGRICULTURE Une modification structurelle de la filière d’élevage des canards paraît « difficile » à Christophe Barrailh, directeur du Cifog, comité interprofessionnel des palmipèdes à foies gras…

Elsa Provenzano
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Illustration d'un élevage de canards dans le Gers.
Illustration d'un élevage de canards dans le Gers. — G. Durand / 20 Minutes

En début de semaine, le ministre de l’agriculture Stéphane Le Foll estimait qu’il fallait revoir le modèle de production de foie gras, en limitant le transport des bêtes et ainsi favoriser les circuits courts, alors que la filière est frappé par un épisode très virulent de grippe aviaire depuis le mois de décembre. Quelque 3 millions de canards ont déjà été abattus depuis le début de l’épidémie H5N8.

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« On peut repenser un modèle de filière pour diminuer les risques mais une modification structurelle paraît difficile », a réagi Christophe Barrailh, directeur du Cifog, comité interprofessionnel des palmipèdes à foies gras.

Le transport, point faible de la filière

Les filières courtes appelées également autarciques, prennent en charge les canards de leur naissance à leur abattage, diminuant ainsi les transports de l’accouveur à l’éleveur puis au gaveur etc. « Les mouvements des animaux dans les transports sont un point faible de la filière, reconnaît le directeur de l’interprofession. Mais soit on interdit les transports et c’est la fin de la filière, soit on les sécurise davantage ».

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« Les circuits courts ne sont qu’un segment et ils ne peuvent pas satisfaire tout le monde, il faudrait trouver un juste milieu entre l’industrialisation et ces circuits courts », estime Sylvie Girard, présidente de la Coordination Rurale en Nouvelle-Aquitaine.

Christophe Barrailh insiste sur les compétences différenciées des professionnels et sur le souci de l’interprofession d' élever les animaux en pleine nature. « Ceux qui ont de la surface élèvent et ceux qui n’en ont pas gavent », précise-t-il. Pour lui, l’élevage autarcique ne garantit pas une protection contre le virus de la grippe aviaire. « Il y a des cas dans les filières longues, courtes et même dans les systèmes autarciques stricts, assure-t-il, aucun système n’est parfait ! » Et selon lui, la configuration des élevages autarciques complique la mise en place de vide sanitaire.

L’interprofession se réunit ce jeudi pour faire un point sur la situation et espère construire un modèle « plus robuste » face à ces crises sanitaires répétées. Elle se dirige vers un vide sanitaire alors que plus de 250 foyers ont été détectés principalement dans le Gers, les Landes, les Pyrénées Atlantiques, le Lot-et-Garonne et leTarn. La filière évaluait les conséquences économiques à 120 millions d’euros en janvier, un chiffre qui doit être actualisé mais qui a à coup sûr considérablement grimpé avec la dégradation de la situation.

Mieux payer les éleveurs et moins concentrer les animaux

« La filière a de très belles perspectives, le magret est la viande préférée des Français, souligne Sylvie Girard, qui estime que le Cifog représente principalement les gros transformateurs de la filière. Mais il faut que sur la valeur ajoutée du canard gras, il y en ait davantage qui revienne à l’éleveur, il n’aura alors pas besoin de produire autant et on sait que les soucis sanitaires interviennent là où les élevages sont très concentrés. » Les densités raisonnables des élevages seraient à évaluer avec les services vétérinaires.

Si lors de la précédente crise des efforts de biosécurité « nécessaires », les éleveurs sont épuisés par les mesures de plus en plus contraignantes. « C’est tellement sévère qu’on se dit qu’ils veulent simplement se débarrasser des éleveurs, regrette Sylvie Girard. Et on craint qu’une partie de la production soit délocalisée en Hongrie, pour faire baisser les coûts ».