Le CHU de Bordeaux rénove ses chambres stériles pour enfants, forteresses anti-microbes

SANTE Les chambres accueillant de jeunes patients dont le système immunitaire est fragilisée vont être repensées pour mieux accueillir enfants et parents pendant leurs séjours...

Elsa Provenzano

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Le professeur Yves Perel, chef du pôle de pédiatrie et praticien hospitalier au sein de l'unité d'hématologie pédiatrique.
Le professeur Yves Perel, chef du pôle de pédiatrie et praticien hospitalier au sein de l'unité d'hématologie pédiatrique. — E.Provenzano / 20 Minutes

« Ces chambres sont des forteresses antimicrobiennes, l’air est puisé sur le toit et stérilisé. Il y a une régulation de l’hydrométrie et de la température. Ce sont des chambres de l’ordre du spatial », explique ce mardi Yves Perel, chef du pôle de pédiatrie au CHU de Bordeaux, lors de la présentation du projet de rénovation.

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Les cinq chambres stériles du pôle d’onco-hématologie pédiatrique du CHU de Bordeaux construites il y a 25 ans sont très performantes pour préserver des microbes les enfants dont le système immunitaire est fragilisé (greffes de moelle, cancers) mais leur confort laisse aujourd’hui à désirer.

Actuellement, les chambres stériles font entre 8 et 9 m2.
Actuellement, les chambres stériles font entre 8 et 9 m2. - E.Provenzano / 20 Minutes

Des chambres trop petites 

Ces pièces de 8 m2 seront agrandies à 20 m2 et comprendront toutes une salle de bain, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. « C’est difficile quand on a par exemple cinq adolescents qui arrivent en même temps », souligne Sylvie Sangare, cadre de santé du service d’onco-pédiatrie.

Le professeur Yves Perel, chef du pôle de pédiatrie, accompagné de représentation de la fondation des hôpitaux de Paris pour la visite des chambres stériles actuelles.
Le professeur Yves Perel, chef du pôle de pédiatrie, accompagné de représentation de la fondation des hôpitaux de Paris pour la visite des chambres stériles actuelles. - E.Provenzano / 20 Minutes

« C’était très petit, et au début j’étais en forme, je me suis dit : "qu’est-ce que je vais faire ?"… témoigne Lois, Bordelais de 13 ans, qui a déjà fait un séjour dans une de ces chambres et qui y retourne le 28 février. Au début j’ai regardé la télé mais bon, toute une journée c’est ennuyeux, après on dort, on joue aussi, on attend nos parents pour parler. » « C’est difficile bien évidemment de se retrouver en vase clos. Il fait très chaud et c’est un espace confiné, on se retrouve l’un sur l’autre. Il faut être très calme et prendre patience, c’est ce qui a de plus difficile », complète Karine, la maman de Lois.

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« C’est sûr, des chambres plus grandes faciliteront aussi le travail des soignants. Il n’est pas rare par exemple qu’il y ait deux pieds à perfusion et qu’il soit difficile de faire le tour du lit », précise Olivia Rufat, directrice des soins du pôle. Beaucoup d’équipements sont nécessaires dans une chambre de ce type : « c’est un niveau équivalent à celui des soins intensifs », précise t-elle. L’agrandissement des chambres permettra aussi aux parents de rester la nuit avec leurs enfants : « Lois est grand mais il y a des fois il aurait aimé que je reste », assure Karine.

L'hôpital des enfants accueille l'unité d'ono-hématologie pédiatrique.
L'hôpital des enfants accueille l'unité d'ono-hématologie pédiatrique. - E.Provenzano / 20 Minutes

Le projet vise aussi à les rendre plus lumineuses pour les enfants malades qui y passent en moyenne 22 jours, strictement isolés du monde extérieur. « La fenêtre donne sur le couloir et tout le monde passe, vous regarde ce n’est pas très agréable, on baisse souvent les volets », ajoute Lois. Le projet prévoit de supprimer la galerie qui entoure ce secteur protégé pour installer des fenêtres qui donnent sur l’extérieur.

Faire de ces salles des « lieux de vie »

Le CHU espère que le chantier de rénovation, dont le coût est évalué à 700.000 euros (sur lesquels 350.000 euros sont apportés par la fondation Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France), commencera fin 2018 ou début 2019. Une chambre supplémentaire sera aussi créée pour « anticiper un peu sur la croissance démographique de la région, précise Yves Perel. Et, on guérit 80 % des enfants aujourd’hui mais pour en guérir 85 ou 90 %, il va y avoir besoin d’efforts thérapeutiques nouveaux, on veut avoir cette marge-là. »

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La nécessaire modernisation de cette structure de confinement des enfants très malades n’incombe pas seulement au CHU de Bordeaux. « C’est à peu près le lot de l’ensemble des CHU en France parce que ce type de secteur a été en général installé entre 1985 et 1995, et c’était dans ce format avec ce type d’évacuation, ce type de circuit », assure Yves Perel.

L’ambition de ce projet consiste bien sûr à continuer d’assurer l’efficacité de ces chambres en matière de protection contre les microbes sur 20 m2, puisque les progrès technologiques en la matière le permettent, mais aussi d’en faire « des lieux de vie où l’on peut s’épanouir plus facilement », précise le chef du pôle de pédiatrie.