Bordeaux: Amputée des quatre membres après une IVG, elle raconte son calvaire

SANTÉ Alors que le CHU de Bordeaux a été condamné dans cette affaire le mois dernier, la victime, Priscilla Dray, s’est confiée à « L’Obs »…

L.D.

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Illustration du CHU de Bordeaux
Illustration du CHU de Bordeaux — SEBASTIEN ORTOLA

« Je suis entrée en excellente santé au centre hospitalier universitaire (CHU) de Bordeaux un soir de juillet 2011, et j’en suis ressortie massacrée un mois plus tard. » Dans les colonnes de L’Obs, le témoignage de Priscilla Dray commence ainsi.

Juste après une IVG

Cette mère de famille s’était rendue à l’hôpital pour une interruption volontaire de grossesse (IVG), peu de temps après avoir accouché de son troisième enfant. « Le lendemain suivant l’IVG, j’avais 40 °C de fièvre. J’ai commencé par appeler les urgences de la maternité de l’hôpital. La personne que j’ai eue au téléphone m’a conseillé de prendre un Doliprane, de contacter le médecin généraliste de la ville, ou de revenir aux urgences rapidement ».

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Elle obtempère et se rend à l’hôpital sur le champ. L’interne qui l’examine reçoit les ordres du médecin de garde par téléphone. Sans l’avoir vue, ce dernier refuse une prescription antibiotique, pourtant conseillée par le beau-frère médecin de Priscilla Dray. « J’étais interloquée par son choix, mais je me suis raisonnée en me disant que j’étais au CHU de Bordeaux, un des meilleurs centres hospitaliers du pays ».

« Elle doit juste mal vivre psychologiquement son IVG »

La fièvre est hélas rapidement revenue. Le lendemain matin elle s’est rendue chez un médecin de garde qui lui a diagnostiqué une septicémie et l’a envoyé se faire hospitaliser d’urgence pour « débuter une antibiothérapie », comme conseillé par son beau-frère.

A l’hôpital, elle raconte avoir été prise de haut par une interne après lui avoir demandé d’être hospitalisée : « Ce n’est rien. Elle doit juste mal vivre psychologiquement son IVG », aurait expliqué la jeune femme aux belles-sœurs de Priscilla Dray. Elle a ensuite dû patienter longuement avant d’être prise en charge par un médecin.

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Son état allant de mal en pis, l’hôpital a contacté son époux au milieu de la nuit : « Votre femme fait un choc septique, son pronostic vital est engagé. Elle n’en a pas pour longtemps à vivre », lui aurait-on expliqué.

Les membres nécrosés

Plongée dans le coma artificiel, elle s’est réveillée au bout de huit jours : « Tous mes organes ont été touchés par cette infection. Plus rien ne fonctionnait normalement. J’avais des nécroses de peau partout, mon corps était plein de trous. Le streptocoque pyogène de type A, baptisée "bactérie mangeuse de chair", était en train de ronger les graisses et les tissus de mon corps. Mes extrémités étaient nécrosées, il fallait m’amputer les deux jambes et les deux bras. »

Après son amputation, Priscilla Dray a dû faire de la rééducation : « Il ne s’agit pas d’une jambe en moins, mais des quatre membres. Je n’en revenais pas. C’était une vision d’horreur. » La psychologue qui la suivait lui aurait alors dit qu’à sa place elle se serait « suicidée ».

L’hôpital condamné… pas les médecins

Aujourd’hui, cette jeune mère continue son combat pour vivre normalement et marcher. Elle espère aussi bénéficier d’une greffe de main dans le courant de l’année.

Outre la volonté de se reconstruire, elle souhaite aussi que les responsables des erreurs médicales qui ont été faites sur son cas soient punis : « Aujourd’hui, ces "professionnels" de la santé travaillent toujours. Pourtant, ils devraient d’urgence être interdits d’exercer. Ils sont dangereux et c’est une honte pour la France qu’ils demeurent impunis. »

Pour l’instant, le CHU de Bordeaux a été condamné à verser une provision de 300 000 euros d’indemnisation au profit de la victime, pour prise en charge défaillante.

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