Landes: Des chasseurs aux prises avec la justice pour avoir attrapé des ortolans, une espèce menacée

JUSTICE Une dizaine de prévenus, pour la très grande majorité très âgés, étaient jugés ce jeudi devant le tribunal correctionnel de Dax pour avoir chassé une espèce menacée d’oiseaux…

Elsa Provenzano

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Les ortolans, une espèce protégée, sont très prisés pour leur chair.
Les ortolans, une espèce protégée, sont très prisés pour leur chair. — BOB EDME/AP/SIPA

Certains parmi les prévenus, jugés ce jeudi à Dax pour avoir chassé des espèces d’oiseaux menacés (ortolans et pinsons) après une plainte de la Ligue de protection des oiseaux (LPO), sont des octogénaires qui ont commencé à poser les matoles, pièges à petits oiseaux, avec leurs parents. « Je suis né dedans, j’ai toujours continué », témoigne l’un d’eux. « Je prenais la suite de mon papa », raconte avec émotion une retraitée. La salle d’audience était pleine à craquer, les chasseurs landais étant venus nombreux soutenir les prévenus et le face-à-face avec les défenseurs des volatiles, en minorité, a installé une ambiance électrique.

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Une pratique tolérée ?

Alors que la LPO pointe le déclin de ces espèces d’oiseaux et l’urgence de la préserver, les prévenus assurent les uns après les autres qu’ils chassaient car une tolérance de l’administration le leur permettait sous certaines conditions, relatives aux nombres de pièges et d’appelants (sorte d’appâts). Ces « règles » étaient diffusées à l’oral, auprès des chasseurs lors d’une réunion annuelle de l’association des chasses traditionnelles.

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« Il est bien évident que si c’était interdit, j’aurais arrêté », déclare l’un des prévenus à la barre. « Les préfets ont confirmé la tolérance, sous conditions de respect des règles », confirme Dominique Graciet, président de la chambre d’agriculture des Landes, qui fait partie des chasseurs poursuivis. D’autres prévenus reconnaissent à mots couverts qu’ils savaient que la pratique n’était pas vraiment légale : « On savait qu’on était dans le brouillard et qu’il pouvait se lever », lâche l’un. « J’ai commencé à jouer à 7 ans et aujourd’hui je perds », estime un autre. Cette tolérance non assumée dans un écrit quelconque relève d’une « hypocrisie incroyable » pour maître Frédéric Vatin, qui défend les prévenus.

« C’est fini partout, sauf dans les Landes ! »

Mais pour l’avocat de la LPO Maître François Ruffié, l’attitude des prévenus relève elle aussi de l’hypocrisie : « Le code de l’environnement interdit ce type de chasse et tout le monde le sait, il existe un combat pour que ce soit légal mais ça ne l’est pas. L’espèce des ortolans est passée de “menacée” à “en danger” et la population diminue. Avant, cela se pratiquait partout en Nouvelle-Aquitaine et c’est fini partout, sauf dans les Landes ! » Pour lui les chasseurs s’abritent derrière la défense des traditions pour continuer cette pratique illégale.

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Un argument qui fait bondir la défense qui reproche à la LPO d’être une organisation anti-chasse, pointant les autres causes du déclin de l’espèce, qu’elle relativise, comme l’agriculture, l’utilisation des pesticides, la destruction de son habitat etc. Les prévenus, pour la plupart des retraités aux revenus très modestes, chassent ces petits oiseaux pour leur consommation personnelle et assurent ne pas faire de revente. Les ortolans ne sont plus servis dans les grands restaurants et seraient simplement pour ces Landais un plaisir partagé en famille, depuis des générations.

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Le procureur de la République Laurent Bidault a estimé qu’il y avait « violation de la loi même s’il s’agit d’un contexte particulier ». Il a requis une amende de 1.000 euros dont 600 à 700 avec sursis et le retrait du permis de chasse pour 3 mois à l’encontre des prévenus. Le tribunal tranchera le 13 avril sur le sort des chasseurs.