Landes: Quand la LPO débarque chez lui, l'homme en slip «faisait sa toilette»

JUSTICE Jean-Marc Dutouya, surnommé sur les réseaux sociaux « l'homme en slip », son fils et son frère étaient jugés ce jeudi devant le tribunal correctionnel de Dax pour des violences envers des militants de la ligue de protection de oiseaux (LPO)...

Elsa Provenzano
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Un conflit a opposé en novembre 2015 un agriculteur landais qui avait posé des pièges à oiseaux et des militants de la LPO.
Un conflit a opposé en novembre 2015 un agriculteur landais qui avait posé des pièges à oiseaux et des militants de la LPO. — GAIZKA IROZ / AFP

« Ils m’ont fait faire le tour du monde en une nuit avec ça », lâche Jean-Marc Dutouya à la barre ce jeudi, devant le tribunal correctionnel de Dax. Après son altercation avec la ligue de protection des oiseaux (LPO) et des journalistes de France Télévisions, le 9 novembre 2015 à son domicile d’Audon, dans les Landes, il a rapidement été surnommé « l’homme en slip » ou « l’homme à la pelle » sur les réseaux sociaux.

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« C’est vrai que c’est une image saisissante », commente Jérôme Carbonell, le président du tribunal. L’avocat des prévenus, maître Frédéric Dutin estime pour sa part que son client « a été jeté en pâture » aux médias.

Il comparaissait avec son frère et son fils pour des dégradations et des violences contre des militants de la Ligue de protection des oiseaux venus dans son champ le 9 novembre 2015, retirer des pièges à pinsons, une espèce protégée. De nombreux membres de la fédération des chasseurs des Landes sont venus soutenir les prévenus, devant le tribunal.

La famille Dutouya assure que les pièges identifiés par la LPO, dans quelques rangs de tournesols jouxtant leur maison, étaient destinés aux alouettes, une espèce dont la chasse est autorisée. Le président de la LPO Alain Bougrain-Dubourg et l’autre principale victime de cette altercation n’étaient pas présents à l’audience, ce que le président du tribunal a déploré.

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Que s’est-il passé ?

C’est le fils de la famille, Eric, qui aperçoit le premier, par la porte-fenêtre de la maison, une dizaine d’individus sur la propriété et qui sort pour les interpeller, ses chaussons encore aux pieds. Il reconnaît Alain Bougrain-Dubourg et lui indique qu’il est sur une propriété privée et qu’il n’a pas le droit d’être là. Il répond que c’est illégal de piéger des pinsons et à partir de là, la discussion dégénère en empoignade. Eric Dutouya traîne par ses vêtements le président de la LPO hors de son terrain. La LPO est accompagnée de journalistes de France Télévisions, donc la scène a été filmée et diffusée à l’audience.

Jean-Marc Dutouya alerté par les cris au dehors sort précipitamment : « je faisais ma toilette » explique-t-il. En sortant à la va vite, il saisit une pelle pour se défendre, raconte-t-il. Le frère de Jean-Marc arrive un peu après le début de l’altercation et va s’attacher à crever les pneus de plusieurs voitures « pour qu’ils ne puissent pas s’enfuir avant l’arrivée des gendarmes », explique-t-il.

« On a tous pris des coups, j’ai essayé de calmer le jeu », déclare Alain Bougrain-Dubourg lors de l’enquête, précisant qu’on lui a abîmé ses lunettes et qu’il a été griffé au visage. La famille Dutouya estime qu’elle s’est défendue et raconte que la grand-mère de 86 ans, présente ce jour-là, a été jetée à terre et blessée à l’épaule. Une scène qui a fait sortir de ses gonds le frère de Jean-Marc. Alain Bougrain-Dubourg a lui décrit une grand-mère qui simulait une chute.

La confrontation entre les militants de la LPO et les chasseurs a continué à l’audience dans les moindres détails de l’affaire. La LPO entendait dénoncer une situation de non-droit qui n’a plus cours que dans le département des Landes, selon ses informations. La famille d’agriculteurs y voit, elle, une cabale anti-chasseurs.

Le procureur a requis 3 mois de prison avec sursis, une amende de 400 euros et 6 à 12 mois de retrait de son permis de chasse contre Jean-Marc Dutouya.

Le tribunal rendra son jugement le 13 avril et il devrait y avoir à nouveau beaucoup de défenseurs de la chasse traditionnelle dans la salle d’audience, ce jour-là.