Affaire Bettencourt: La juge Isabelle Prévost-Desprez dénonce « une machination », en appel

JUSTICE La magistrate est jugée en appel jusqu'à ce jeudi pour « violation du secret professionnel » à Bordeaux. Elle avait été relaxée en première instance en juin 2015...

E.P. avec AFP

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La magistrate Isabelle Prévost-Desprez est jugée en appel jusqu'à jeudi 9 février. AFP PHOTO / MEHDI FEDOUACH
La magistrate Isabelle Prévost-Desprez est jugée en appel jusqu'à jeudi 9 février. AFP PHOTO / MEHDI FEDOUACH — AFP

Sa ligne de défense n’a pas varié. Isabelle Prévost-Desprez rejugée en appel mercredi à Bordeaux pour « violation du secret professionnel » lors de son enquête sur l’affaire Bettencourt, a nié avec force cette accusation, dénonçant une « machination » visant, selon elle, à la dessaisir du dossier et à étouffer une affaire politiquement sensible. Jugée en première instance en juin 2015, la magistrate, âgée de 57 ans, avait été relaxée. Le parquet avait fait appel de cette décision. Elle est jugée jusqu’à jeudi à Bordeaux.

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Des SMS échangés avec des journalistes

Elle est soupçonnée d’avoir révélé, dans des SMS, les détails d’une perquisition effectuée au domicile de la milliardaire Liliane Bettencourt, héritière du groupe de cosmétiques L’Oréal, le 1er septembre 2010. L’opération avait été relatée le jour même dans Le Monde par le journaliste Jacques Follorou, qui avait cosigné quelques mois plus tôt avec Isabelle Prévost-Desprez un livre intitulé « un juge à abattre ».

Devant ses pairs de la cour d’appel de Bordeaux, l’ex-juge de Nanterre - aujourd’hui présidente de la 16e chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Paris - a nié avec la même conviction qu’en première instance : « je n’ai jamais violé le secret professionnel ». « Toute la procédure était une machination pour obtenir mon dessaisissement » de l’affaire Bettencourt, « avec des objectifs politiques », affirme-t-elle.

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Isabelle Prévost-Desprez s’intéressait à l’époque aux liens éventuels entre Liliane Bettencourt et le financement de l’UMP (devenu Les Républicains), parti du président alors en exercice, Nicolas Sarkozy. Ce dernier, lui-même mis en cause dans le volet abus de faiblesse de cette tentaculaire affaire, a bénéficié d’un non-lieu en 2013.

En 2010, elle est en guerre ouverte avec le procureur de la République à Nanterre, Philippe Courroye, réputé proche de Nicolas Sarkozy, et lui reproche de protéger les intérêts de ce dernier.

« Un plan pour abattre la magistrate »

A la barre, la magistrate a dénoncé une nouvelle fois les « procédés inadmissibles » du juge Courroye pendant l’instruction du dossier Bettencourt dont elle avait la charge. « La haine est à l’ordre du jour » tout au long de la procédure, raconte-t-elle, et « je ne suis qu’un outil. Ça a été très difficile ».

Elle ajoute à propos de la nomination de Philippe Courroye au tribunal de Nanterre en 2007 : « je sais que Courroye arrive à Nanterre en mission commandée par Nicolas Sarkozy », élu président de la République la même année.

A son arrivée au palais de justice mercredi matin, l’avocat d’Isabelle Prévost-Desprez, Me François Saint-Pierre, a réaffirmé la « détermination » de sa cliente à obtenir la « relaxe qui s’impose, car il n’y a strictement aucune preuve de sa culpabilité ». A l’audience, il a maintenu la ligne de défense développée en première instance, dénonçant « un plan pour abattre la magistrate ».

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Il explique comment la plainte, rédigée « à la va vite » contre sa cliente par Me George Kiejman, alors conseil de la richissime héritière de L’Oréal, n’est qu « une manoeuvre de déstabilisation ». A l’époque, « le but évident (de Me Kiejman) est le dessaisissement » d’Isabelle Prévost-Desprez, qui enquête sur le dossier Bettencourt, et « l’étouffement » de cette affaire, soutient-il.

Le président du tribunal, Michel Régaldo Saint-Blancard, interroge la juge sur ses « contacts fréquents et étroits avec des journalistes », notamment par de nombreux échanges de SMS : « il y a de quoi être surpris », lance-t-il.

Elle admet avoir eu « des contacts avec des journalistes durant cette période difficile » mais, souligne-t-elle, « avant cette affaire je n’avais pas des contacts aussi fréquents » avec la presse. Quid des SMS adressés à Jacques Follorou ? « C’est un ami », répond la magistrate. Quant au SMS envoyé au journaliste pendant la perquisition, elle explique qu’il s’agit d’une « discussion très légère » à propos d’un déjeuner avec leur éditeur. L’enquête n’a jamais pu établir la teneur de ces échanges.

La magistrate encourt un an de prison et 15.000 euros d’amende.