Affaire Bettencourt : La juge Prévost-Desprez jugée en appel ce mercredi, après une relaxe

JUSTICE La magistrate poursuivie pour « violation du secret professionnel » avait été relaxée lors du procès en première instance qui s’était tenu en juin 2015…

Elsa Provenzano

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Isabelle Prévost-Desprez et son avocat François Saint-Pierre. JEAN-PIERRE MULLER
Isabelle Prévost-Desprez et son avocat François Saint-Pierre. JEAN-PIERRE MULLER — AFP

« Nous allons demander au tribunal de confirmer la relaxe », explique maître François Saint-Pierre, l’avocat de la juge Isabelle Prévost-Desprez dont le procès en appel pour violation du secret professionnel dans le cadre de l’affaire Bettencourt, s’ouvre ce mercredi 8 février, devant le tribunal correctionnel de Bordeaux. La magistrate a été jugée en première instance en juin 2015 et avait été relaxée. Le Parquet de Bordeaux, qui demandait une peine de 5.000 euros d’amende, a fait appel de ce jugement.

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Isabelle Prévost-Desprez est soupçonnée d’avoir communiqué des informations sur une perquisition et des auditions de témoins, entre juillet et septembre 2010, alors qu’elle était en charge d’un supplément d’informations dans le volet abus de faiblesse de l’affaire Bettencourt, en qualité de présidente de la 15e chambre correctionnelle du tribunal de Nanterre, chargée des affaires financières.

« Aucune preuve matérielle »

C’est en particulier un article du 1er septembre, paru dans Le Monde, et qui évoquait la perquisition à l’hôtel particulier de Liliane Bettencourt réalisée le jour même, qui a incité maître Kiejman, alors conseil de la milliardaire, a porté plainte contre la magistrate. L’auteur de l’article était Jacques Follorou, un ami de la magistrate avec qui elle avait cosigné un livre quelques mois plus tôt. Si de nombreux SMS ont été échangés entre eux, l’enquête n’a pas pu mettre à jour leur contenu. La juge a expliqué lors de la première audience que ses échanges avec les journalistes ne concernaient en aucun cas des affaires en cours mais des « points d’explication généraux sur les procédures ».

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« Il n’y a aucune preuve matérielle qu’elle ait transmis un renseignement à un journaliste », tranche son avocat, soulignant les nombreuses autres pistes non explorées par les enquêteurs. Un aspect d’ailleurs souligné par Denis Roucou qui présidait le tribunal lors du procès en première instance. Il avait notamment noté que beaucoup de copies des PV des auditions en question avaient été réalisées et que les fuites avaient donc pu intervenir autrement que via Isabelle Prévost-Desprez.

Souhaitait-on son dessaisissement ?

Au moment où cette affaire éclate, Isabelle Prévost-Desprez s’intéresse aux connexions éventuelles entre la milliardaire Liliane Bettencourt et le financement de l’UMP (devenu Les Républicains), parti du président alors en exercice, Nicolas Sarkozy. Ce dernier, soupçonné d’abus de faiblesse dans un autre volet du dossier, a bénéficié d’un non-lieu en 2013.

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En 2010, Isabelle Prévost-Desprez est alors en guerre ouverte contre le procureur de la République de Nanterre, Philippe Courroye, réputé proche de Nicolas Sarkozy. La plainte contre la juge a été présentée par la défense comme une tentative de « déstabilisation », visant à l’empêcher d’enquêter dans une affaire politiquement sensible.

Philippe Courroye a été muté contre son gré à la cour d’appel de Paris en 2012 et Isabelle Prévost Desprez a été dessaisie du supplément d’information en lien avec l’affaire Bettencourt, dossier qui sera dépaysé à Bordeaux.