Bordeaux: Une nouvelle maternité sacrée «amie des bébés», qu'est-ce que ça change?

SANTE La polyclinique de Bordeaux rive droite à Lormont est le cinquième établissement à obtenir le label dans la région Nouvelle-Aquitaine. Seuls trente hôpitaux sont labellisés en France...

Elsa Provenzano
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Un bébé né à la polyclinique rive droite de Lormont, labellisée IHAB en décembre 2016.
Un bébé né à la polyclinique rive droite de Lormont, labellisée IHAB en décembre 2016. — PBRD

« Dès le retour du bloc, on s’habitue aux rythmes du bébé, on se fie à lui, c’est vraiment mieux », se réjouit Jessika, 32 ans, qui vient d’accoucher pour la deuxième fois à la Polyclinique Bordeaux Rive Droite, labellisée par l’initiative hôpital ami des bébés (IHAB) depuis le 5 décembre 2016. Dans ce cadre, les soins y ont été réorganisés en fonction des rythmes et des besoins de l’enfant. L' IHAB France est une association reconnue d’intérêt général qui a été lancée par l’Unicef et l’organisation mondiale de la santé (OMS).

« Si on a passé une mauvaise nuit, on peut se reposer »

Et cette jeune maman sait de quoi elle parle puisqu’elle connaissait l’établissement avant qu’il soit labellisé, elle y a donné naissance à un petit garçon en 2015. Si elle était déjà satisfaite de sa prise en charge par les équipes de la maternité, elle apprécie les changements réalisés dans le cadre de la labellisation. « A 6 h 45 je lui ai donné le biberon, raconte la jeune femme, et j’ai pu faire mes soins pendant qu’il dormait et prendre mon petit-déjeuner plus tard. On est plus au calme et si on a passé une mauvaise nuit, on peut se reposer. »

Alors que dans une maternité classique, 8 h peut être l’heure fixé pour le petit-déjeuner, la clinique l’a mis en libre-service, de 8 h à 10 h. « Les nouveau-nés sont beaucoup plus actifs la nuit et il arrive que les mamans n’aient pas beaucoup dormi, explique Sandrine Kontz, sage-femme qui a co-piloté le projet IHAB à la polyclinique. Elles peuvent ainsi se reposer un peu plus le matin ».

Un peau à peau systématique 

Ce n’est qu’un exemple des nombreuses réorganisations opérées. « Tous ceux qui sont en contact avec les familles, de la femme de ménage au médecin, ont dû changer leurs habitudes de travail », souligne Sandrine Kontz. Sur environ 4 ans, plus d’une centaine de personnes a été formée en interne. « Au niveau de la grossesse, on informe énormément sur le bénéfice du lait maternel et on organise des réunions spécifiques pour les parents », détaille la sage-femme. « Il y a un positionnement éthique vis-à-vis des pressions commerciales, ajoute Kristina Löfgren, coordinatrice régionale d’IHAB France. Il s’agit d’éviter par exemple les publicités agressives sur les substituts au lait maternel ».

Une jeune maman fait du peau à peau avec son nouveau né à la polyclinique Bordeaux rive droite, à Lormont.
Une jeune maman fait du peau à peau avec son nouveau né à la polyclinique Bordeaux rive droite, à Lormont. - PBRD

L’équipe accompagne les futures mamans dans un accouchement le plus physiologique possible (c'est-à-dire le moins médicalisé possible) et le peau à peau est systématique. « Avant, on disait qu’il ne fallait pas porter trop souvent les bébés, note Sandrine Kontz. On sait maintenant que c’est une aberration et qu’au contraire cela permet un meilleur développement ». Le père est aussi davantage inclus, on l’accepte au bloc opératoire, on lui propose un lit dans la chambre et on l’encourage à faire les soins de l’enfant.

Des parents rendus plus autonomes

De manière générale ce sont les parents qui s’occupent de leur nourrisson et les soignants ne font pas à leur place, ils les guident. Résultat : de retour chez eux, ils sont plus proches de leur petit et davantage autonomes. Et, ils ont la possibilité de recevoir la visite de personnels médicaux (associations, membres de la protection maternelle et infantile) qui travaillent en lien avec la maternité. Un aspect qui assure la continuité de leur prise en charge. « Un suivi est systématiquement proposé et les familles peuvent aussi téléphoner au service », précise Sandrine Kontz. Un maillage qui permet de gagner en efficacité pour la gestion des situations médicales et sociales les plus complexes.

« Cela dépend géographiquement des établissements mais globalement, le label développe l’attractivité de l’établissement », assure Kristina Löfgren. Aujourd’hui 1.400 naissances par an se déroulent à la polyclinique et ce chiffre pourrait donc s’orienter à la hausse dans les prochaines années.

Les maternités d’Arcachon, de Cognac, de Mont-de-Marsan et de Bagatelle à Bordeaux sont également labellisées « amies des bébés ». A l’heure actuelle en France, une trentaine d’établissements a décroché l’IHAB, valable 4 ans avant d’être renouvelée, ce qui représente 6 % des naissances.