Bayonne: Des milliers de manifestants après l’opération contre l’ETA

PAYS BASQUE Une opération policière franco-espagnole contre l’ETA vendredi soir à Louhossoa, près de Bayonne (Pyrénées-Atlantiques) avait viré à l’imbroglio, suscitant de nombreuses réactions…

M.L. avec AFP

— 

Des policiers du RAID ont participé à une opération contre l'organisation séparatiste basque ETA le 16 décembre 2016, dans les Pyrénées-Atlantiques.
Des policiers du RAID ont participé à une opération contre l'organisation séparatiste basque ETA le 16 décembre 2016, dans les Pyrénées-Atlantiques. — Bob Edme/AP/SIPA

Ce samedi, plusieurs milliers de personnes ont manifesté à Bayonne (Pyrénées-Atlantiques) après l’interpellation, vendredi soir, de personnalités de la société civile affirmant avoir voulu « détruire » des armes de l’ETA.

Des manifestants et des réactions

Plusieurs mouvements nationalistes ont organisé, ce samedi, une manifestation de protestation, qui a rassemblé entre 2.000 personnes, selon la police, et plus de 4.000, selon les organisateurs. En tête du cortège ont défilé pêle-mêle le vice-président du conseil départemental Max Brisson (LR), les députées PS Colette Capdevielle et Sylviane Alaux, la sénatrice PS Frédérique Espagnac, le maire de Bayonne, Jean-René Etchegaray (UDI).

La LDH a dénoncé « un mauvais coup contre le processus de paix ». Dans un communiqué, Jean Lassalle, député (ex-MoDem) des Pyrénées-Atlantiques et candidat à l’élection présidentielle, a fustigé « les machiavéliques dérives autoritaires de l’Etat français ».

Enfin, plusieurs personnalités, dont le candidat écologiste à l’élection présidentielle Yannick Jadot, le député européen José Bové, ainsi que la présidente d’honneur d’Attac, la Franco-Américaine Susan George, ont demandé la libération des cinq interpellés.

Sur un malentendu

A l’origine de cette polémique, une opération conjointe des polices française et espagnole visant à démanteler une cache d’armes de l’ETA, vendredi soir, à Louhossoa, près de Bayonne. Cinq personnes avaient été interpellées et placées en garde à vue et « une importante saisie d’armes, d’explosifs et de munitions » a été réalisée selon le ministère de l’Intérieur.

Le parquet anti-terroriste de Paris a ouvert une enquête préliminaire avec les qualifications d’association de malfaiteurs terroriste et infractions sur la législation sur les armes et les explosifs en bande organisée, le tout en relation avec une entreprise terroriste.

>> A lire aussi : Suspension de peine refusée à un dirigeant de l'ETA malade

Dans les milieux nationalistes basques, l’interprétation des faits est complètement différente : ainsi, dans une lettre datée du 25 octobre et publiée vendredi soir sur le site Mediabask, Michel Tubiana, Txetx et Michel Berhocoirigoin affirmaient avoir décidé de « procéder à la destruction d’un premier stock d’armes » afin de « contribuer à un avenir sans violence et démocratique pour le Pays Basque ». Selon eux, ce stock « correspond à environ 15 % de l’arsenal d’ETA ».

Pour le ministre de l’Intérieur, Bruno Le Roux, « Personne n’a le droit de se proclamer destructeur d’armes et éventuellement de preuves », a-t-il déclaré à la presse samedi, justifiant les interpellations. « Pourquoi détruire des armes, si elles ont servi à commettre des faits graves, peut-être même des attentats ? », a-t-il insisté.

En octobre 2011, l’organisation a renoncé à la violence, mais n’a pas remis ses armes et refuse de se dissoudre. Elle veut négocier avec l’Espagne et la France sur le sort de ses quelque 400 membres détenus dans ces deux pays, ce que Madrid et Paris refusent.