«Leur objectif, c’est de gagner la Coupe du Monde en 2028»...Quand les entraîneurs chinois viennent préparer le terrain à Bordeaux

FOOTBALL La Chine a investi un million d'euros pour former certains de ses professeurs de sport au football...

Laetitia Dive

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La formation dure six heures par jour
La formation dure six heures par jour — Laetitia Dive

Il fait froid en ce matin de décembre sur le campus universitaire de Pessac, près de Bordeaux. Pourtant les quarante stagiaires chinois retirent leurs manteaux avec le sourire. « Pour cet exercice, on va avoir besoin de 18 joueurs », a prévenu le formateur français. La moitié enfile un maillot orange, l’autre un maillot vert. Le reste des stagiaires reste sur le côté pour observer.

Trois mois de stage

Depuis plusieurs semaines, quarante hommes, venus de toute la Chine, sont en stage à Bordeaux pour apprendre le football « à la française ». Au total, ils sont 240, dispatchés dans plusieurs villes de France, comme Montpellier, Rennes ou Amiens. Ce sont les universités qui s’occupent de la formation.

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Dans leur pays, tous sont professeurs de sport. Un poste qui revêt une dimension toute autre que celle que l’on connaît dans l’Hexagone puisqu’ils ont aussi pour mission de repérer les futurs talents du football.

« Ils n’ont pas de club amateur, tout se fait à l’école », explique Emmanuel, qui s’occupe de leur formation à Bordeaux. C’est seulement lorsqu’ils atteignent un niveau pro qu’ils intègrent un club de football.

Théorie et pratique

La journée se déroule en deux temps : de la théorie d’abord, avec des explications tactiques et des techniques de coaching. Puis du pratique, où on applique sur le terrain ce qui a été vu pendant le cours.

La formation dispensée est la même que celle des élèves français.
La formation dispensée est la même que celle des élèves français. - Laetitia Dive

Deux traductrices venues de Chine sont présentes en permanence. « C’est pas toujours facile de trouver les bons mots lorsque le vocabulaire est trop technique, mais on se débrouille ! », raconte Mélodie, étudiante en langues étrangères à l’université de Pékin.

« J’ai beaucoup appris sur la pédagogie », estime Xin Ran. Le professeur de sports enseigne dans une commune de l’Ouest de la Chine où il a en charge une trentaine d’élèves. « Chez moi, on se concentre plutôt sur la technique et peu sur la tactique lors des cours. C’est donc moins facile de gagner un match en compétition ».

« Une obligation de résultat »

Dans dix jours, les stagiaires repartiront en Chine, après avoir été évalués et classés, du meilleur au moins bon. « Ils ont une obligation de résultat car c’est l’Etat chinois qui paie », précise Jean-Charles Astier, responsable duService universitaire des activités physiques et sportives (SUAPS), qui encadre le stage.

Les stagiaires viennent de tous les coins de Chine.
Les stagiaires viennent de tous les coins de Chine. - Laetitia Dive

Là-bas, ils devront former leurs collègues à leur tour, à condition d’avoir obtenu l’attestation de la formation. « Il y a une vraie exigence, ajoute Thomas Fondeur, Directeur régional du sport universitaire. Je pense que leur évaluation aura des conséquences sur leur carrière chez eux ».

Objectif : 50 millions de licenciés en 2020

Selon Jean-Charles Astier, la Chine compte améliorer le niveau global de ses sportifs, de l’amateur au plus haut niveau. « Ils espèrent envoyer 5000 formateurs sur plusieurs années et ils veulent arriver à 50 millions de licenciés en 2020 ». Quand on sait que la Chine compte 1,357 milliard d’habitants, ce nombre ne paraît pas exagéré.

L’Empire du Milieu l’a bien compris : peser dans l’univers du sport pourrait leur permettre d’asseoir leur puissance globale. « Leur objectif, c’est de gagner la Coupe du Monde en 2028 », explique Thomas Fondeur. Si une autre délégation de professeurs d’EPS a été envoyée en Allemagne, l’élite du football chinois va se former au sein de grands clubs, comme le FC Barcelone.

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Le pays ne compte pas seulement sur le football pour devenir une place forte du sport de haut niveau : « Ils ont singé des accords avec les Etats-Unis pour des formations de basket. Et en l’Angleterre, ils apprennent le rugby », raconte Thomas Fondeur. Au-delà de la Coupe du Monde, c’est l’ensemble des médailles d’or des Jeux Olympiques que la Chine pourrait un jour rafler…

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