Couteau de Laguiole, savon de Marseille, porcelaine de Limoges... Les producteurs plaident la cause des Indications Géographiques

TERRITOIRES La ville de Mauléon accueille le premier forum des Indications Géographiques, une appellation qui doit protéger la fabrication de produits régionaux...

Mickaël Bosredon

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Fabrication d'un couteau Laguiole.
Fabrication d'un couteau Laguiole. — Guillermin - Sipa

La ville de Mauléon, dans le Pays Basque, accueille ce jeudi le premier forum sur les Indications Géographiques (IG). L’Afigia, Association Française des IG Industrielles et Artisanales, qui représente 15 filières engagées (dont le couteau de Laguiole, le savon de Marseille, le granit de Bretagne ou la porcelaine de Limoges) souhaite éditer à l’issue le « Manifeste de Mauléon », dans lequel figurera la liste des contraintes pour pouvoir obtenir une IG.

Jusqu’à présent, seuls les produits naturels, agricoles et viticoles pouvaient bénéficier d’indications géographiques. La loi dite « Consommation » a créé les IG pour les produits industriels et artisanaux. Ils pourront ainsi faire l’objet d’une protection auprès de l’Institut national de la propriété industrielle (INPI).

« A ce jour, n’importe qui peut fabriquer n’importe quoi »

Les enjeux sont de taille. « Ce sera un outil de propriété intellectuel permettant d’encadrer la fabrication d’un produit, avec des règles pour protéger les producteurs » résume Audrey Aubard, secrétaire générale de l’Afigia. « Et ce sera aussi un outil de développement des territoires, qui permettra de protéger les emplois du secteur. »

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A ce jour, « n’importe qui peut fabriquer n’importe quoi, il n’y a aucune vérification » assure Audrey Aubard. Ce que confirment les professionnels. Catherine Moutet, des Tissages Moutet-Linge Basque explique ainsi se retrouver « face à une invasion de produits à Saint-Jean-Pied-de-Port qui viennent d’un peu partout dans le monde, mais qui s’appellent comme nous Linge basque. » Aucune manière de les distinguer, si ce n’est la qualité, évidemment, « et le prix, sourit Catherine Moutet : nous vendons le torchon 14 euros, eux c’est le prix à la douzaine. »

« Laguiole, un exemple de marketing mensonger »

La mise en place des IG doit aussi permettre d’éviter les erreurs du passé, qui ont conduit à des conflits retentissants, comme ceux concernant le couteau de Laguiole ou le savon de Marseille.

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« Laguiole est un exemple parmi d’autres de marketing mensonger », lance Thierry Moysset, PDG de La Forge de Laguiole. En 1993, un particulier, Gilbert Szajner, avait déposé la marque Laguiole pour désigner non seulement des couteaux, mais aussi tout un tas de produits. S’en est suivi une interminable guerre juridique, dont la plupart des batailles ont été remportées par… Gilbert Szajner.

« La première décision de justice a considéré que Laguiole était juste une forme de couteau, et que c’était un nom usuel, s’étrangle encore Thierry Moysset. Il a fallu porter le dossier jusqu’à la Cour européenne pour obtenir gain de cause… Derrière cette affaire, la question qui se pose c’est qu’est-ce qu’un territoire, et qu’est-ce qu’un savoir-faire ? »

« Si on lie un produit à son territoire, il faut que la qualité soit au rendez-vous »

Chargé de mission « qualité-origine » au conseil régional de la Nouvelle-Aquitaine, Laurent Gomez oeuvre aussi pour une reconnaissance de la qualité et des territoires dans le cadre de l’IG. « Si on lie un produit à son territoire, il faut que la qualité soit au rendez-vous, sinon c’est toute l’image du territoire qui en pâtit. C’est pour cela que dans le cadre de l’IG, l’Etat a prévu que les collectivités puissent s’opposer à l’utilisation du nom par certains producteurs. »

Reste à savoir quand l’Indication Géographique pourra être mise en place. Si les dossiers avancent bien concernant le siège de Liffol dans les Vosges ou le granit de Bretagne, d’autres sont dans l’impasse. « Dès qu’il y a des enjeux industriels de taille, Bercy fait marche arrière, s’agace Thierry Moysset, car il y a un intense lobbying industriel qui porte sur le maintien d’emplois. En attendant, on continue de fabriquer du savon de Marseille à Nantes, en Allemagne et en Autriche. » La ville de Mauléon elle-même est en première ligne, avec ses fameuses espadrilles, concurrencées par de la fabrication asiatique.

« On a du mal à être écouté par Bercy »

« On a du mal à être écouté de manière attentive par Bercy, dénonce Audrey Aubard, des professionnels, des élus, se sont impliqués dans ce projet lancé sous Sarkozy, et qui semble à ce jour bloqué, puisque nous sommes toujours dans l’attente de décrets. » « L’INPI n’ayant pas encore communiqué sa doctrine, cela crée un peu de confusion et on peut se retrouver avec des cahiers des charges différents selon les producteurs d’un même secteur » analyse de son côté Laurent Gomez.

Le manifeste de Mauléon sera signé par tous les représentants des filières. Et envoyé à tous les candidats à la présidentielle. Dans l’espoir que « cela fasse enfin bouger les choses. »