Bordeaux: L'urgence hivernale d'hébergement, «elle existe toute l'année»

SOCIAL Les associations qui accompagnent les sans-abris dans la recherche d'un toit fustigent la politique qui consiste à débloquer des moyens seulement à l'occasion de la période hivernale et oeuvrent pour des places à l'année...

Elsa Provenzano

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Le gymnase Palmer à Cenon fait partie des sites    retenus pour accueillir des sans-abris dans le cadre du plan hivernal d'urgence - Photo : Sebastien Ortola
Le gymnase Palmer à Cenon fait partie des sites retenus pour accueillir des sans-abris dans le cadre du plan hivernal d'urgence - Photo : Sebastien Ortola — S. ORTOLA / 20 MINUTES

Quelque 175 places supplémentaires d’hébergement d’urgence viennent d’être annoncées par la préfecture de la Gironde pour les personnes sans-abri, dans le cadre du traditionnel plan hivernal, mis en place de novembre à mars. « Le problème c’est que c’est un accueil toujours aussi indigne avec des matelas dans des gymnases », commente Catherine Abeloos, la présidente dela fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (FNARS).

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Ces places viennent renforcer les 835 places d’accueil ouvertes toute l’année dans le département et elles sont réparties sur le site de Dupas à Bordeaux, le gymnase Palmer à Cenon, le site du Tchan sur la commune du Teich, le site de la communauté Emmaüs à Parempuyre, le site de l’allée Balzac à Bordeaux-Caudéran et le site de Tregey à Bordeaux. Les sites n’ont pas varié depuis l’hiver dernier, ils sont concentrés sur Bordeaux et sa Métropole, où les besoins sont les plus grands.

« Il faut arrêter cette gestion au thermomètre, ça ne résout rien »

« En fonction des besoins ou en cas d’épisode de vagues de froid, de nouvelles places pourront être mobilisées sur ces sites ou sur d’autres lieux. Au total, la capacité d’hébergement pourra atteindre 1.050 places cet hiver », détaille la préfecture dans son communiqué. « Il faut arrêter cette gestion au thermomètre, ça ne résout rien, s’exclame Catherine Abeloos, exaspérée. On sait même que davantage de personnes à la rue meurent en été ».

En novembre 2014, à l’initiative de la FNARS, les associations avaient tapé du poing sur la table et obtenu le lancement d’un plan sur trois ans pour créer 200 places pérennes, associées à de l’accompagnement. Le ministère du Logement lui-même fustigeait alors cette gestion de l’hébergement d’urgence en fonction des températures.

Les associations comme la FNARS aident les personnes à la rue dans leurs démarches, essaient de comprendre « leur trajectoire de vie », explique Catherine Abeloos, souvent marqué par la perte de proches, un licenciement… Ces structures peuvent aussi se porter garantes pour elles auprès de bailleurs sociaux. Une quinzaine d’entre elles, actives dans le secteur de l’hébergement d’urgence, a signé une charte pour mettre noir sur blanc les critères d’un bon accompagnement.

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Encore environ 80 places d’urgence pérennes à créer

« Ce sont déjà plus de 120 places pérennes qui ont été financées et ouvertes à ce titre en 2015 et 2016. Au total, depuis l’hiver 2013-2014, le nombre de places pérennes d’hébergement pour les personnes sans abri s’est accru de plus de 40 % », assure la préfecture de la Gironde.

Il reste donc encore environ 80 places d’hébergement d’urgence dites pérennes à créer pour respecter les objectifs du plan. Ces places sont accessibles à l’année mais elles constituent néanmoins une solution transitoire. D’où l’importance, pour Catherine Abeloos de travailler sur un accompagnement poussé avec les bénéficiaires, en leur rendant plus lisible l’ensemble des nombreux dispositifs existants.