Bordeaux: Sept sculptures de retour dans une basilique, plus de 30 ans après leur vol?

PATRIMOINE En 1984 sept bas-reliefs en albatre ont été volés à l'intérieur de l'édifice et remplacés par des copies en plâtre...

E.P. avec AFP

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Sept sculptures précieuses ont été volées en 1984 dans la basilique Saint-Michel.
Sept sculptures précieuses ont été volées en 1984 dans la basilique Saint-Michel. — Jean-Christophe BENOIST/Wikicommons

La mairie de Bordeaux espère voir enfin la restitution complète de sept bas-reliefs en albâtre d’un retable de l’école anglaise de Nottingham, des XIV-XVe siècles, volés il y a plus de trente ans.

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Tout commence en 1984 lorsque des voleurs se laissent enfermer à plusieurs reprises dans la basilique Saint Michel et y dérobent les précieuses sculptures. Or les malfaiteurs prennent bien soin de les remplacer les œuvres mesurant quelque 60 cm de haut et représentant des scènes de la vie de la Vierge, par des copies en plâtre.

Un vol découvert 10 ans après grâce à une conservatrice

Le vol passe inaperçu pendant près de dix ans et ne sera découvert qu’en 1993, lorsque la veuve d’un antiquaire parisien offre l’une des pièces à l’Etat pour le règlement de frais de succession. Une conservatrice du Louvre, Françoise Baron, identifie alors l’œuvre comme provenant de la basilique, classée monument historique depuis 1846, et demande une vérification sur place. Grâce à son œil avisé, la supercherie est découverte !

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Dans la foulée, la municipalité porte plainte et l’enquête, conduite par la police judiciaire et l’Office central de répression du trafic des biens culturels (OCBC), permet de déterminer que les sept panneaux d’albâtre sont passés dans de multiples mains et que cinq ont été exportées. Avec les autorisations nécessaires puisque le vol était inconnu.

Parmi les sept pièces, quatre ont été achetées en 1985 par un collectionneur américain puis revendues quelques mois plus tard à une galerie new-yorkaise. Une troisième se trouve dans les mains d’un diplomate suisse.

Difficile de retrouver 4 des 7 pièces

Les premières restitution interviennent dès 1994 : les deux panneaux qui se trouvaient chez l’antiquaire parisien décédé sont rendus à la ville par son épouse et replacés dans la chapelle Saint-Joseph de la basilique. Dix ans après, en 2005, la publication d’un livre d’un journaliste de Libération, Vincent Noce, portant sur le trafic d’œuvres d’art, parvient à convaincre le collectionneur suisse de restituer à son tour sa pièce à la ville.

Restent les quatre panneaux passés outre-Atlantique. Dans les années 2000, une enquête du FBI est lancée, qui émet un mandat d’arrêt. Mais l’acheteur prouve qu’il a acheté les pièces au moment où elles n’étaient pas encore déclarées volées », explique Fabien Robert, adjoint au maire chargé de la culture.

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A partir de 2014, la voie diplomatique est explorée. Alain Juppé, maire de Bordeaux, contacte le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, qui décide de mobiliser l’ambassade de France à Washington.

« L’enquête menée par l’ambassade, soutenue par le FBI, démontre que la collection du galeriste new-yorkais a été vendue à son décès. Les enfants du galeriste confirment la vente des albâtres », détaille Fabien Robert.

Après un an d’enquête, l’antiquaire américain qui a procédé à la vente est retrouvé, permettant d’identifier son acheteur, un collègue britannique qui a revendu les quatre bas-reliefs à un collectionneur au Royaume-Uni.

Et maintenant ?

« Aujourd’hui, il convient de déterminer si, au moment de la dernière vente, les pièces étaient connues comme volées ou non », explique Fabien Robert. « Soit il y a une faute professionnelle de l’antiquaire britannique, soit effectivement, il peut prouver que les pièces n’étaient pas suffisamment signalées, auquel cas nous allons négocier pour une restitution », ajoute-t-il.

Les deux parties ont fait appel à des intermédiaires juridiques pour entamer le dialogue. « Le climat est bon, très bon », se félicite l’élu, évoquant la « réactivité » et la « transparence » dont font preuve l’antiquaire britannique et son client.

« Ces sept pièces sont extrêmement rares. Elles ont été cachées pendant la Révolution française, préservées au XIXe siècle. Il faut que ce patrimoine redevienne accessible aux Bordelais », plaide-t-il.