Procès d'assises à Bordeaux: Des parents bulgares soupçonnés d'avoir prostitué leurs enfants

JUSTICE Jusqu'au 18 novembre la cour d'assises de la Gironde juge onze parents, accusés d'avoir prostitué leurs enfants de mai 2009 à mai 2010...

Elsa Provenzano
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Les jeunes prostitués se rencontraient notamment sur la place Pierre Renaudel, à Bordeaux.
Les jeunes prostitués se rencontraient notamment sur la place Pierre Renaudel, à Bordeaux. — Capture d'écran Google maps

Onze Bulgares, parents des dix victimes, sont jugés depuis ce lundi 7 novembre et jusqu’au 18 novembre devant la cour d’assises de la Gironde pour proxénétisme aggravé par deux circonstances : le fait qu’il s’agisse de mineurs et qu’il y ait une pluralité de victimes. Les jeunes garçons mineurs se prostituaient principalement sur l’esplanade Charles-de-Gaulle, dans le quartier Mériadeck, place Pierre-Renaudel et place André-Meunier.

Aucun des dix jeunes garçons, majeurs aujourd’hui, ne s’est constitué partie civile. Seules des associations dont ,   l’ont fait. Les faits jugés sont des actes de « fellation » et de « sodomie », réalisés par les mineurs sur les clients, intervenus entre mai 2009 et mai 2010. Les clients pédophiles ont déjà été condamnés et sont incarcérés.

Des parents « bouleversés »

Binka Hristyanova, 39 ans, et son mari Danail Andonov, 41 ans, sont soupçonnés d’avoir prostitué deux de leurs enfants, âgés à l’époque de 13 et 16 ans. « Les parents ont expliqué qu’ils ne se rendaient pas compte de ce qui se passait. Ils ont été bouleversés en l’apprenant, explique Maître Uldrif Astié, l’avocat du couple. Et ils ont bien compris que leurs enfants avaient été en contact avec des pédophiles. »

Ces parents expliquent même que quand ils vivaient dans le squat avenue Thiers, à Bordeaux, ils avaient alerté leurs enfants sur ces pratiques, après avoir entendu des rumeurs relatives à des enfants abusés, sur le camp. Le couple a déjà été en détention provisoire pendant un an, à la maison d’arrêt de Gradignan, dans le cadre de cette affaire.

De l’avis unanime des travailleurs sociaux, le couple était mobilisé pour suivre la scolarisation de ses enfants. Il s’est battu pour s’intégrer en France, travaillant aujourd’hui et habitant un logement social.

Du proxénétisme ?

Pour parler de proxénétisme, il faut prouver que les parents avaient connaissance de l’activité de prostitution des enfants et qu’ils tiraient bénéfices des revenus de cette activité. « On n’a retrouvé que 35 euros dans leur logement et les écoutes téléphoniques ne révèlent rien. Même les pédophiles disent que les parents ne savaient rien, je plaiderai l’acquittement », explique maître Uldrif Astié. Mais d’autres parents parmi les accusés reconnaissent que ces revenus ont profité à l’économie familiale.

L’avocat a interrogé David Dumeau, médiateur social à la mairie de Bordeaux auprès des ressortissants Bulgares et Roumains, qui a témoigné lors de l’audience ce mercredi, sur ce qu’il pensait du reproche fait à ces parents « de ne pas savoir où sont leurs enfants ». « J’ai observé qu’il n’y avait pas vraiment d’adolescence mais plutôt un passage de l’enfance à l’âge adulte. Les filles doivent se marier dès qu’elles ont leurs règles », avance le médiateur, qui travaille au contact de ces populations depuis de nombreuses années. Si cette prostitution est un moyen pour les jeunes garçons de gagner de l’argent c’est aussi « presque une façon pour eux d’exercer leur autonomie, même si c’est affreux à dire », ajoute-t-il.

Profils des accusés

En Bulgarie, beaucoup d’accusés travaillaient dans le milieu agricole. Ils ont quitté leur pays car ils ne parvenaient plus à être employés dans les champs. Ils se sont mariés très jeunes, parfois avant 16 ans, et ont été scolarisés très peu de temps. Certains sont analphabètes.

Les accusés encourent 15 ans de prison.