Sage-femme à Bordeaux: « Quand j’ai commencé, il n’y avait pas d’échographies ni de péridurales »

PORTRAIT Monique Roland est l’une des sages-femmes salariées les plus âgées de France. Elle part à la retraite en décembre, après 43 ans de carrière…

Elsa Provenzano

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Monique Roland a eu son diplôme de sage-femme en 1973.
Monique Roland a eu son diplôme de sage-femme en 1973. — E.Provenzano / 20 Minutes

Monique Roland est sage-femme à la Polyclinique Bordeaux Rive droite de Lormont. A la maternité, tout le monde la surnomme affectueusement « Mine » et au sein du service, il arrive à cette femme avenante au carré blond d’incarner une image de « mère ou de grand-mère ». Il faut dire qu’elle a été diplômée en 1973 et qu’elle donc 43 ans de carrière à son actif. A 67 ans, elle est l’une des sages-femmes salariées les plus âgées de France et prend sa retraite dans quelques semaines, au mois de décembre 2016. Il y a 23.000 sages-femmes inscrites à l’Ordre des sages-femmes, dans l’Hexagone.

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« C’était ça que je devais faire »

Dans sa jeunesse, quand on lui demandait ce qu’elle voulait faire plus tard, elle répondait qu’elle voulait « aider les femmes ». Elle ne savait pas trop de quelles manières jusqu’au jour où, alors qu’elle est en licence de Lettres, elle tombe sur un reportage mettant en lumière le métier de sage-femme, et c’est le déclic. « Je me suis dit, depuis toujours c’est ça que je veux faire ». Elle entame sa formation et poursuit en parallèle ses études de Lettres jusqu’à la maîtrise. « Depuis 1973 je suis diplômée et je n’ai pas regretté un seul instant mon choix, c’était ça que je devais faire » lance-t-elle sur le ton de l’évidence.

« Quand j’ai commencé il n’y avait pas d’échographies, de monitorings ni de péridurales, l’obstétrique était un peu en jachère », sourit-elle. Sans ces outils, « un sens clinique aiguisé » est indispensable. Elle commence à l’hôpital de Rennes et raconte qu’il y a alors moins de protocoles, de réglementations. Ce ne sont pas du tout les mêmes surveillances de grossesses, « les femmes voyaient le médecin peut être une fois et encore, se souvient-elle. Elles ne savaient même pas si c’étaient des jumeaux, s’ils étaient mal formés etc. C’était un peu le Moyen-Âge. »

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Aujourd’hui, « ce n’est plus tout à fait le même métier » mais Monique, qui n’est pas du genre à jouer les donneuses de leçons, souligne que les jeunes sages-femmes, « ont beaucoup de connaissances que nous n’avions pas à l’époque ». Si elles peuvent avoir une autre approche du métier, ce qui est sûr c’est qu’elles se retrouvent sur le fait que « l’accouchement est un art qu’on apprend sur le terrain » et que le rôle de la sage-femme est de l’accompagner pour qu’il se passe de manière physiologique.

Pour certains suivis, par exemple de grossesses d’adolescentes, l’enjeu est de « rester professionnelle tout étant dans l’empathie et dans l’accompagnement. Il ne faut pas se laisser emporter ». Un équilibre à trouver pour aider au mieux ces jeunes mères de 14 ou 15 ans. « J’ai beaucoup d’admiration pour ces très jeunes mamans », confie Monique.

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« Avant, quand on entrait en salle d’accouchement ça hurlait de partout ! »

La prise en charge de la douleur, et l’écoute des patientes ont beaucoup évolué en quarante ans. « Avant, quand on entrait en salle d’accouchement ça hurlait de partout ! se souvient-elle, alors qu’aujourd’hui c’est plutôt calme ». Pas de péridurale à l’époque, « mais (la péridurale) ce n’est pas la panacée », précise-t-elle, ajoutant que la sage-femme est là pour aider les patientes à trouver les outils qu’elles ont en elles.

Autre différence de taille, les conjoints sont maintenant présents. « Des fois ils sont bien embarrassés, mais ils sont là quand même, glisse-t-elle l’air amusé, alors que quand j’ai commencé on ne les voyait pas. » Beaucoup font même la préparation à la naissance avec leur compagne.

Un couple lui écrit depuis 20 ans 

Elle a vécu beaucoup de rencontres fortes en quarante ans mais l’une d’entre elles l’a particulièrement marquée. Elle a accompagné un couple venu à la maternité et qui a perdu son enfant. « Le père ne s’en remettait pas et venait me voir souvent à la maternité, pour parler de ce bébé », se souvient Monique, émue à ce souvenir. « Par hasard, j’étais de garde pour l’accouchement de leur deuxième enfant, deux ans après, et c’est moi qui ai aidé cette femme à le mettre au monde. Cela a été un moment extraordinaire. Une résilience pour eux, je crois » raconte-t-elle. Depuis cette naissance, qui a eu lieu il y a 20 ans, elle reçoit un mot du couple à chaque date anniversaire. « Je crois qu’ils m’ont associé à leur histoire », sourit-elle.