Abattage de vaches gestantes à Limoges : « C’était très dur, des fois je parlais aux fœtus »

INTERVIEW Mauricio Garcia-Pereira, soutenu par l’asssociation L214, a filmé à l’intérieur de l’abattoir de Limoges dans lequel il a travaillé durant six ans et livre son témoignage à 20 Minutes…

Elsa Provenzano

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Maurico Garcia-Pereira dénonce l'abattage des vaches qui portent des veaux, une pratique légale mais controversée.
Maurico Garcia-Pereira dénonce l'abattage des vaches qui portent des veaux, une pratique légale mais controversée. — Association L214

De nouvelles images chocs tournées dans l’abattoir de Limoges en mai, août et fin septembre 2016 ont été dévoilées ce jeudi matin par Le Monde. Mauricio Garcia-Pereira, un ouvrier de 47 ans employé dans cet abattoir, a filmé, avec l’aide de l’association L214, l’abattage de vaches gestantes et la mort des fœtus plus ou moins avancés arrachés à leurs ventres, une pratique légale mais très controversée. Dans l’abattoir de Limoges, des dizaines de fœtus sont jetés à la poubelle chaque semaine. Il est le premier lanceur d’alerte à témoigner à visage découvert.

Comment en êtes-vous arrivé à travailler dans l’abattoir de Limoges ?

Avant, je travaillais dans la restauration comme serveur mais, à cause des horaires décalés, je ne voyais pas mes enfants grandir. J’ai galéré pour trouver un autre boulot, jusqu’à ce que mon agence d’intérim m’oriente vers l’abattoir. Je n’avais pas vraiment le choix. J’ai fait six mois d’intérim, six mois en CDD et j’ai ensuite été embauché en CDI, il y a six ans.

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Vous saviez que des vaches portant des veaux y étaient abattues avant d’y travailler ?

Non, je ne savais pas qu’on les tuait… La première fois que j’ai vu ça, j’ai cru que c’était une erreur. Je suis allé chercher mon supérieur qui m’a demandé ce qui n’allait pas. Je lui ai répondu : « Vous ne voyez pas qu’il y a un veau ! » Il m’a répondu que c’était normal, le veau a été placé dans un bac et le placenta dans un autre. Moi, j’étais choqué.

On imagine que c’était très éprouvant pour vous d’abattre ces bêtes…

Evidemment, c’est très dur. Des fois je leur parlais, aux fœtus, je leur disais que j’allais les venger et que tout le monde allait savoir ce qu’on leur faisait. Vous savez, j’ai grandi dans une ferme en Espagne et on élevait des vaches et des cochons. Pour moi, la vie est sacrée. Et ces petits fœtus, on les met à la poubelle seulement pour l’argent : ce n’est pas comme s’il y avait un problème sanitaire qui oblige à le faire !

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Quel a été le déclic qui vous a incité à dénoncer cette pratique ?

J’avais envie de le faire depuis 2013, mais je n’en avais pas les moyens… L’association L214 que j’ai contactée m’a soutenu et m’a fourni une caméra. J’ai commencé à montrer des vidéos à mon fils de 15 ans qui m’a dit : « C’est horrible, papa, il faut que tu fasses quelque chose. » Aujourd’hui, je suis soulagé de l’avoir fait et je sais que beaucoup de mes collègues vont me soutenir. Voir ça tous les jours, à un moment donné, on ne peut plus.

Êtes-vous végétarien ?

Non, je suis carnivore, j’aime le steak mais là on parle de fœtus qu’on jette avec la merde à la poubelle. Des fois c’est seulement quelques jours ou même quelques heures avant qu’ils naissent.

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Vous allez perdre votre travail ?

De toute façon, je ne veux plus travailler là-bas. J’en ai marre de ce boulot, mais j’ai beaucoup de respect pour mes collègues qui font un travail pénible. Aucun jour n’est facile là-bas. Là, je suis en arrêt de travail, physiquement j’ai souffert et moralement je suis démoli.

C’est le début d’une action militante pour vous ?

Oui, c’était la première grosse bataille mais la guerre n’est pas finie. On va demander, avec l’association L214, l’interdiction de l’abattage des vaches gestantes au niveau européen. Je vais continuer jusqu’au bout, je suis déterminé.