Gironde: Deux châteaux mis en examen après des épandages qui ont rendu malades des écoliers

JUSTICE En mai 2014, 23 élèves et leur enseignante ont été victimes de malaises et d'irritations après l'application de pesticides près de l'établissement, à Villeneuve-de-Blaye...

Elsa Provenzano

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Les vignes font partie des cultures les plus traitées.
Les vignes font partie des cultures les plus traitées. — ARDEA/MARY EVANS/SIPA

L’affaire a marqué les esprits. En mai 2014, une enseignante et 23 élèves, sur les 46 que compte l’école de Villeneuve-de-Blaye, sont pris de malaises, de maux de tête et se plaignent d’irritations des yeux, de la gorge. Le matin même des épandages de fongicides ont été réalisés sur les vignes qui jouxtent l’école par deux châteaux, l’un en agriculture conventionnelle, l’autre en bio.

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Les deux domaines d’appellation Côtes de Bourg, Château Escalette et Château Castel La Rose, viennent d’être mis en examen le 17 octobre pour « usage inapproprié de produits phytopharmaceutiques », dans le cadre d’une information judiciaire ouverte fin 2015 par le Parquet de Libourne. La Sepanso, fédération d’associations environnementales, et Générations Futures, qui milite activement contre les pesticides, se sont portées parties civiles.

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L’agence régionale de santé (ARS) se dit dans l’incapacité d' établir un lien de causalité certain entre les pesticides et ces malaises mais écrit dans son rapport : « des tracteurs ont répandu le même jour des produits fongicides secondairement identifiés [par le centre antipoison du CHU de Bordeaux] contenant les substances actives suivantes le mancozèbe, le mefenoxam, la spiroxamine […]. Les effets connus des fongicides identifiés sont concordants avec les symptômes décrits par les enfants et personnels de cette école. »

La réglementation a-t-elle été enfreinte ?

« D’après nos informations, le vent ce jour-là venait du sud-est, donc les parcelles les plus exposantes sont celles en agriculture conventionnelle, explique Nadine Lauverjat, coordinatrice chez Générations Futures. Et, les produits que celle-ci utilise correspondent à ceux relevés par l’ARS. On sait que ce n’est pas parce que c’est naturel que ce n’est pas dangereux mais le soufre, utilisé ce jour-là selon nos informations, n’a quand même pas la même toxicité. »

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L’enjeu du procès sera de déterminer si la réglementation en matière d’épandages a été respectée, puisque les relevés réalisés pendant l’enquête montrent que tous les produits sont autorisés sur le marché. « Les relevés météorologiques montrent que les vents étaient assez forts » le jour des malaises, précise Nadine Lauverjat. A certains endroits, ils auraient atteint 30km/h alors que la limite pour épandre est fixée à 19 km/h. « La même parcelle aurait été traitée deux fois dans la journée, sans respect pour le délai de réentrée, fixé à 24 h », pointe la coordinatrice Générations Futures.

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L’arrêté sur l’épandage remanié

L’arrêté encadrant l’épandage remonte à 2006 et il a été retoqué par le Conseil d’Etat pour une question de forme. L’annonce d’un procès lié aux intoxications de Villeneuve intervient alors qu’un nouveau texte est en cours de préparation. Si le gouvernement promet qu’il incitera à de nouvelles précautions les militants anti-pesticides restent sceptiques notamment sur l’efficacité des haies censées barrer la route aux phytosanitaires, et au matériel antidérive, jugé peut pertinent pour les cultures hautes comme la vigne. Le nouveau texte doit être examiné en commission le 9 novembre, avant une consultation publique. Un arrêté a été pris localement par la préfecture de la Gironde au printemps 2016, après l'affaire de Villeneuve. 

Les deux Châteaux visés dans cette affaire n’étaient pas joignables ce mardi.