Carrière près de Bordeaux: «90 camions de 44 tonnes par jour, c'est une nuisance immédiate!»

SOCIETE Le préfet de la Gironde doit se prononcer dans les mois qui viennent sur un projet de carrière porté par le groupe Garandeau à Saint-Médard-en-Jalles, près d'une zone classée Natura 2000...

Elsa Provenzano

— 

Le site prévu pour l'installation de la carrière à Saint-Médard-en-Jalles.
Le site prévu pour l'installation de la carrière à Saint-Médard-en-Jalles. — Groupe Garandeau

Vote défavorable des élus de Saint-Médard-en-Jalles le 28 septembre dernier, pétition des habitants : le projet d’une carrière de granulats (sables et graviers utiles pour la fabrication du béton) sur la petite commune, située aux portes de Bordeaux, provoque une levée de boucliers. Avant la fin de l’enquête publique, qui se termine le 28 octobre, chaque camp affûte ses arguments pour convaincre le commissaire enquêteur mais, c’est le préfet de la Gironde qui décidera in fine de la destinée du projet, à une date encore non communiquée.

>> A lire aussi : La ville de Blanquefort ne veut pas d’une nouvelle carrière

A 200 mètres d’un ruisseau dans un secteur classé

La société Sogiex (groupe Garandeau) estime que le lieu-dit le Monespley, à Saint-Médard, situé à 10 kilomètres de la rocade est le lieu idéal pour implanter la carrière sur 37 hectares. « Il est à 800 mètres de la première habitation et, au nord, il y a uniquement la direction générale de l’armement (DGA) », souligne Juliette Chauvière, Responsable Foncier Environnement pour le groupe Garandeau, qui précise qu’il n’est pas facile de trouver une activité capable de cohabiter avec celle de la DGA.

>> A lire aussi : Gironde: Une plainte pour geler un projet de golf sur une zone Natura 2000

La commune ne l’entend pas de cette oreille, faisant valoir la fragilité de la zone Natura 2000, située au bord de la Jalle, le défrichement d’1,8 % du massif forestier de la commune, le risque de pollution du ruisseau et l’augmentation du risque incendie. « On dit que la carrière sera en bord de Jalle mais elle sera à plus de 200 mètres du ruisseau », pointe Juliette Chauvière, ajoutant qu' un hydrogéologue agrée, mandaté par l’agence régionale de santé (ARS) a donné son feu vert et qu’il « n’y aura aucun rejet en dehors du site ». Mais le rapport de l’hydrogéologue est loin de rassurer la commune. « Il ne parle qu’au conditionnel : la carrière ne devrait pas provoquer de dégradations significatives », s’étrangle Thierry Leblond, adjoint au maire chargé du développement durable à Saint-Médard-en-Jalles.

Les poids lourds redoutés

« La pétition est principalement tournée vers la traversée des poids lourds par le bourg de Magudas, or ce n’est pas l’itinéraire retenu, ils passeront par la RD213 », souligne Juliette Chauvière, Responsable Foncier Environnement pour le groupe Garandeau. « 90 camions de 44 tonnes par jour, à moins de 600 mètres de la commune, c’est une nuisance immédiate », rétorque l’élu de Saint-Médard.

« Il y a déjà un trafic important avec les entreprises comme Safran et Dassault qui sont proches de la rocade et dont les camions passent tous par là », pointe Camille Thill, présidente du conseil de quartier Sud/Est (qui comprend le quartier Magudas) à l’initiative de la pétition avec un élu de Saint-Médard. Pour elle, si la carrière se fait « l’entrée de Magudas sera impactée ».

>> A lire aussi : Bordeaux: Tension autour du site de construction d'un golf

« L’agglomération est en fort développement, beaucoup de constructions sont lancées ce qui nécessite un besoin en matériaux, or la zone est déficitaire. Les anciennes carrières n’ont plus de réserves », argumente Juliette Chauvière pour défendre le projet, rappelant qu’aujourd’hui les matériaux viennent des départements voisins et font plusieurs centaines de kilomètres. D’autres viennent en bateaux de Norvège ou d’Ecosse.

Pour Thierry Leblond il faut avoir une approche plus globale du problème. Il fustige les constructions gourmandes en béton banché (béton coulé entre des coffrages verticaux) qui se multiplient avec la densification de la Métropole et dont il estime que Saint-Médard fait les frais avec ce projet « dévastateur ». L’évaluation des bâtiments lui paraît aussi tronquée lorsqu’elle ne prend pas en compte le coût environnemental global de la construction, en se cantonnant aux dépenses énergétiques de fonctionnement.

« Dans le code de l’environnement on peut lire : éviter, réduire et compenser mais la compensation est illusoire, le vrai enjeu est d’éviter et de réduire », conclut l’élu.