Bordeaux: La start up I-Sea étudie le littoral avec des satellites

TECHNOLOGIES La jeune entreprise mérignacaise s'est spécialisée dans l'observation des côtes, des rivières et des fonds marins...

Mickaël Bosredon

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Illustration du satellite Pleiades Lancer le diaporama
Illustration du satellite Pleiades — CNES/Mira Productions/PAROT Rémy, 2012

Son champ d’application va de l’analyse d’une plante aquatique à l’observation du trait de côte. Spécialisée dans la surveillance de l’environnement du littoral,la start-up I-Sea, créée en 2014 au sein de l'incubateur Bordeaux Technowest à Mérignac, a la particularité d’utiliser les images satellites pour réaliser ses observations.

« Hormis Telespazio, implanté depuis peu à Latresne, nous sommes les seuls en France dans cette spécialité », assure Aurélie Dehouck, présidente et chef de projet Applications spatiales d’I-Sea.

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Composée de six océanographes qui se sont associés, la start-up commercialise ses données auprès d’agences de l’environnement ou de collectivités publiques. « Le secteur du privé sera de plus en plus amené à s’y intéresser aussi, assure Aurélie Dehouck, notamment les entreprises travaillant dans les énergies marines, ou les ports. » Elle a reçu des financements de l’ESA (Agence spatiale européenne), de BPI (Banque Publique d’Investissement) France, et plus récemment de la région Nouvelle Aquitaine.

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Fournir de l’information là où il n’y en a pas

Les atouts principaux de l’observation satellitaire sont de fournir « de l’information là où il n’y en a pas - par exemple sur la profondeur des océans - de pouvoir actualiser des données rapidement - notamment lorsqu’il y a eu le passage d’une tempête - et de disposer d’archives permettant d’établir des comparaisons. Les premiers satellites ont été lancés dans les années 1970 pour les Américains, et 1980 pour les Européens, nous disposons donc de 30 à 40 ans d’images, totalement gratuites. » L’entreprise pioche le plus souvent dans les images des satellites Pléiades, Spot ou Sentinel.

Des vues plus précises que celles d’un avion ou un drone, et qui permettent à la fois d’étudier un champ très vaste, ou de zoomer sur une échelle de l’ordre de 50 cm.

vue satellite Worldview-2 de l'ile de Coiba au Panama
vue satellite Worldview-2 de l'ile de Coiba au Panama - I-Sea

La gratuité des images va se répandre de plus en plus, grâce notamment au programme européen Copernicus. « L’Europe veut se doter d’une structure spatiale propre et pour cela lance une constellation de satellites dans le but de faire croître l’observation de ce type de données, en s’appropriant les images gratuitement. L’enjeu de demain sera de traiter cet afflux de données. » Des données qui n’auraient aucune valeur sans l’expertise de spécialistes et sans… une observation de terrain. « Très souvent nous combinons les deux, car le terrain et le satellite sont complémentaires. »

Le Bassin d’Arcachon, un terrain expérimental

Une fois récoltées et analysées, ces données servent à une gestion plus fine des écosystèmes des littoraux, et à une meilleure connaissance de l’érosion du littoral. A l’échelle de la planète, 20 % des côtes sont en érosion, avec des reculs annuels atteignant plusieurs mètres. « Au niveau du Bassin d’Arcachon, qui est un peu notre terrain expérimental depuis des années, nos observations ont ainsi conduit à la fermeture pour les piétons d’une plage du Cap-Ferret, pour la protéger davantage. »

I-Sea a également étudié « la dynamique du bouchon vaseux qui se transporte dans l’estuaire de la Gironde, et qui pose des problèmes à la biologie et à la faune, puisqu’elles évoluent dans des zones desoxygénées. »

turbidité de surface au niveau de Libourne
turbidité de surface au niveau de Libourne - I-Sea

Des travaux « indispensables pour anticiper les changements à venir, notamment dans le cadre du réchauffement climatique. »