Bordeaux: Deux ans de prison et huit millions d'euros d'amende requis contre un trafiquant de vin

FRAUDE Le propriétaire de trois châteaux mélangeait du vin bas de gamme interdit à la vente avec sa propre production...

M.B. avec AFP
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Une grappe de raisins pinot noir cueillie dans un vignoble
Une grappe de raisins pinot noir cueillie dans un vignoble — MARIE HOSPITAL AFP

Quinze personnes ont comparu jeudi devant le tribunal correctionnel de Bordeaux pour une vaste fraude au « vin de lune », un mélange illégal transporté de nuit. François-Marie Marret, 55 ans, absent à l’audience, est accusé d’avoir acheté via un négociant du vin interdit à la vente - car destiné à la distillerie - en 2011 et 2012, et de l’avoir mélangé avec ses vins, d’appellations plus renommées : Saint-Emilion, Pomerol et Listrac-Médoc. Ce vin était transporté le soir, d’où son nom de « vin de lune. » Deux ans de prison et près de 8 millions d’euros d’amende ont été requis contre le propriétaire de ces trois châteaux.

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« Le problème dans cette affaire, c’est que nous sommes sur un trafic à grande échelle », a déclaré la présidente du tribunal, Caroline Barret. Plus de 8.200 hectolitres de vin ainsi trafiqués ont été saisis par les douanes.

Un mélange revendu à de grandes surfaces, dont Auchan et Intermarché

Les trois châteaux concernés - le Couvent, le Moulin à vent et Fourcas Loubaney - ont souffert après l’arrivée de François-Marie Marret à la tête des vignobles, dont il a hérité en 2000. « En cinq ans, le rendement de ces propriétés va s’effondrer », a relevé la présidente.

Un négociant en difficulté financière avait donc demandé à deux courtiers, dont un est vice-président de QualiBordeaux (organisme de contrôle de la qualité des vins), de trouver des viticulteurs ayant des excédents de vin pour compenser les pertes dans ces propriétés.

Du vin de terroirs bien moins prestigieux, parfois même de mauvaise qualité, a été mélangé avec ceux du fraudeur présumé qui les écoulait ensuite plus cher à de nombreux clients, dont les grandes surfaces Auchan et Intermarché.

« Des peines exemplaires » requises

La procureur Nathalie Queran a requis contre deux ans d’emprisonnement avec un mandat d’arrêt et l’interdiction d’une activité professionnelle pendant 10 ans. Elle a suivi les demandes des douanes, réclamant près de 8 millions d’euros d’amende au total. Contre le négociant en difficulté financière, elle a requis 18 mois de prison avec sursis, 5.000 euros d’amende et l’interdiction de pratiquer son activité pendant 5 ans.

Pour les trois viticulteurs ayant fourni ce « vin de lune », elle a demandé des « peines exemplaires » de huit mois de prison avec sursis et 5.000 euros d’amende avec sursis. Enfin elle a requis six mois de prison avec sursis contre le chauffeur qui effectuait le soir les livraisons d’un château à l’autre, et un an de prison avec sursis et cinq ans d’interdiction d’exercer contre les deux courtiers qui avaient servi d’intermédiaires.

Le jugement a été mis en délibéré au 3 novembre.