Colonisation: Le musée d'Aquitaine va-t-il devoir rendre certains objets d'arts au Bénin?

SOCIETE Le conseil représentatif des associations noires (CRAN) va demander à la Ville la restitution d'objets qu'il estime avoir été pillés pendant la Colonisation du Bénin, à la fin du XIX e siècle...

Elsa Provenzano

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Bordeaux, 10 janvier 2012. - Facade du Musee d'Aquitaine. - Photo : Sebastien Ortola
Bordeaux, 10 janvier 2012. - Facade du Musee d'Aquitaine. - Photo : Sebastien Ortola — SEBASTIEN ORTOLA

Le 27 juillet dernier, le gouvernement du Bénin a fait une demande formelle auprès de la France de restitution d’objets pillés pendant la colonisation, à la fin du XIXe siècle. A Bordeaux, les 5.000 pièces d’arts d’Afrique et d’Océanie du musée d’Aquitaine sont dans le viseur duconseil représentatif des associations noires CRAN, qui veut mettre en lumière le sujet, à l’occasion de ce 12 octobre (date à laquelle Christophe Colomb arriva dans le prétendu Nouveau Monde) déclaré journée internationale pour les réparations.

Un fétiche identifié au Musée d’Aquitaine 

La fédération mène encore des recherches pour identifier les pièces mais avance déjà qu’un fétiche religieux fait « très probablement partie des biens mal acquis », estime Louis-Georges Tin, président du CRAN France. Une demande officielle des objets concernés va être très prochainement adressée à la mairie de Bordeaux.

« Ce Botchio, recouvert d’authentiques et très anciennes chaînes d’esclaves et portant deux crânes de crocodile, est certainement unique », rapporte sur son site le musée d’Aquitaine au sujet du fétiche.

« Nous connaissons bien l’histoire de ce fétiche qui n’a rien à voir avec l’histoire coloniale. Il n’a pas été pillé à des populations pendant la colonisation mais vendu à un collectionneur par la famille à qui il appartenait et qui n’en avait plus 'l’utilité’. Le musée l’a acheté à ce collectionneur en toute légalité en 2011 », assure la mairie de Bordeaux.

« Ce qui compte c’est la première acquisition »

« Mais en droit français et en droit international, ce qui compte c’est la première acquisition. Or, on ne sait pas qui en a fait l’acquisition mais le musée d’Aquitaine rapporte qu’elle a été réalisée à la fin du XIXe siècle, une période d’occupation du Bénin marquée par des pillages », rétorque Louis-Georges Tin, précisant que la « bonne foi » de la mairie de Bordeaux n’est pas mise en cause. Mais elle n’est « pas du tout prête à ce qu’on lui parle de réparations » estime Ousmane Cissé, président du CRAN Aquitaine. 

« Certains musées répondent aussi que les pays n’ont pas les moyens de les réceptionner et de les entretenir, ce qui est un prétexte pour éviter de les déclasser. Or, le Bénin par exemple a annoncé qu’il se donnait les moyens d’accueillir ces œuvres, » souligne Ousmane Cissé. 

Plusieurs musées concernés au niveau national

Le premier est celui du quai Branly, à Paris, qui détient 6.000 pièces Béninoises « qui ne sont pas toutes volées bien sûr », précise Louis Georges Tin. Mais d’autres musées de Province sont concernés : le muséum de Nantes, le musée africain de Lyon et d’autres musées à Orléans et Toulouse. « Pour l’instant il n’y a pas d’inventaire exhaustif mais on parle probablement de milliers de pièces », précise Louis Georges Tin.

Le consulat du Bénin à Bordeaux n’était pas joignable ce mardi.