Gironde: La construction de places à la maison d'arrêt de Gradignan va t-elle avoir lieu?

PRISON Alors que Manuel Valls a annoncé un plan de construction de centres pénitentiaires, 20 Minutes fait le point sur le projet de reconstruction annoncé en Gironde, début 2015, par Christiane Taubira, alors garde des Sceaux...

Elsa Provenzano

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La maison d'arrêt de Gradignan a été construite en 1967.
La maison d'arrêt de Gradignan a été construite en 1967. — MEHDI FEDOUACH / AFP

Le Premier ministre Manuel Valls a annoncé jeudi lors de son déplacement à Agen un plan pour lutter contre la surpopulation carcérale, comprenant la construction et la réhabilitation d’établissements pénitentiaires. La maison d’arrêt de Gradignan, qui a été construite en 1967 et dont le quartier hommes affiche un taux d’occupation de 213 %, n’y figure pas. Et pour cause, explique le ministère de la justice, un plan de reconstruction a déjà été lancé et annoncé début 2015 par Christiane Taubira, alors Garde des Sceaux.

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Un espoir déçu ?

« Le programme de construction de places n’est pas remis en cause, le projet est toujours d’actualité », assure le ministère de la justice, sans pouvoir fournir de calendrier. Or, dans son courrier daté de décembre 2014, adressé au député girondin Alain Rousset, la ministre de la Justice assure que « près de 115 millions d’euros d’autorisations d’engagement seront mobilisés à partir de 2016 pour ces travaux de démolition-reconstruction ». La création de 200 places était annoncée, faisant passer la capacité d’accueil de 400 à 600. Une annonce qui avait redonné espoir aux élus locaux après l’abandon en 2013 d’un projet antérieur financé en partenariat public privé (PPP).

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« Une continuité républicaine »

De son côté, la direction des services pénitentiaires se contente de répondre qu’une « phase d’arbitrage est en cours et que des études sont menées », sans apporter davantage de précisions. La visibilité sur ce dossier n’est pas aisée. « Une continuité républicaine » est attendue par Sébastien Saint-Pasteur, assistant parlementaire d’Alain Rousset, député de la 7e circonscription et président de la région Nouvelle Aquitaine. Celui-ci reste mobilisé, sans avoir davantage d'informations sur l'avancée du dossier auprès de Jean-Jacques Urvoas, ministre de la Justice. 

Sur le site de l’agence publique pour l’immobilier de la justice (APIJ) qui recense les projets en cours ou à l’étude, la reconstruction de Gradignan n’apparaît pas.

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« Gradignan a une des surpopulations les plus élevées (le taux d’occupation de la maison d’arrêt est estimé à 184,4 %, par l’observatoire international des prisons) et il y a un vrai problème de réinsertion puisqu’il y a beaucoup de 'sorties sèches' (des personnes détenues qui sortent sans avoir pu bénéficier d’une mesure d’accompagnement destinée à préparer leur réintégration à la société) », fait valoir Sébastien Saint-Pasteur. Une surpopulation qui se traduit par des problèmes de « promiscuité, de violences (racket, bagarre) au quotidien », témoigne Samuel Berhault, surveillant pénitentiaire et responsable régional UFAP-Unsa à Gradignan.

Des travaux ponctuels 

Des travaux pour « améliorer un peu les conditions de travail » sont menés, reconnaît Patrick Nogales, secrétaire général de l’UFAP-Unsa. En 2013, 520.000 euros ont été consacrés à des travaux de remise aux normes électriques, consolidation des cuisines et désenfumage des cellules du quartier disciplinaire. La nouvelle cuisine va ouvrir, le bâtiment pour le SPIP a été un peu agrandi, la cour d’honneur, le greffe, l’Unité psychiatrique de soins et d’accompagnement (UPSA) ont aussi fait l’objet de réfections. « Mais s’il y a une démolition, ce serait honteux compte tenu des millions dépensés », pointe le représentant syndical.

« Je suis là depuis 24 ans et des annonces, on en a toujours. Et il y a toujours un changement de gouvernement et un changement de décision. Donc dans 8 mois, tout peut être remis en cause », commente, désabusé, Samuel Berhault.