Bordeaux : « Les parents détournent la carte scolaire » au détriment d’un lycée

EDUCATION Dans le lycée Brémontier, proche de la gare, les enseignants se sont mis en grève ce jeudi notamment parce que le recrutement des élèves s’y fait par défaut…

Elsa Provenzano

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Des tensions existent depuis la rentrée dans l'établissement.
Des tensions existent depuis la rentrée dans l'établissement. — Google maps

Sureffectif, incivilités, problèmes de recrutements des élèves, autant de problématiques qui ont poussé ce jeudi plus d’une cinquantaine de professeurs (sur une centaine au total) du lycée Nicolas Brémontier à Bordeaux, à participer à un mouvement de grève. L’établissement accueille 1.100 élèves répartis dans des filières générales et technologiques. Un lycée pro y est aussi intégré.

« Une variable d’ajustement »

« Le lycée Brémontier est considéré par l’administration comme une variable d’ajustement. Quand le lycée Vaclav Havel a ouvert (en 2 012), plusieurs de nos filières y ont été transférées et il n’y avait pas de secteur de recrutement jusqu’à la rentrée 2015, c’est-à-dire que les élèves arrivaient dans l’établissement par défaut », pointe Christine Moine Uiber, professeur à Brémontier et représentante syndicale du SE-UNSA.

Et le secteur attribué depuis cette rentrée 2 015 n’est pas opérant car il comprend le périmètre de la gare Saint-Jean, dénué d’habitations. L’inspection académique, en lien avec le rectorat, étudie une autre sectorisation, espérée pour la rentrée prochaine. Mais un autre problème persiste dans le recrutement des élèves : « les parents (qui) détournent la carte scolaire », précise Christine Moine Uiber. Ils présentent de faux certificats de domicile pour inscrire leurs enfants dans d’autres établissements (Gustave Eiffel, Magendie).

Des incivilités relevées

« Quatre classes de seconde étaient validées en juillet et à la rentrée on se retrouve avec seulement trois, soit 35 élèves par classe », constate l’enseignante. Résultat : certains professeurs ayant préparé leur cours cet été en fonction de ces annonces, ont travaillé pour rien. Le sureffectif crée des tensions chez les enseignants et les élèves sont « peut-être un peu plus difficiles qu’ailleurs », estime Christine Moine Uiber.

Les incivilités croissantes concernent toutes les filières de l’établissement et n’épargnent pas les élèves. « On a recueilli des témoignages de jeunes filles qui ne veulent plus venir au lycée parce qu’elles ont peur », assure la représentante syndicale.

Le rectorat envoie une équipe mobile de sécurité

Les grévistes ont été reçus jeudi par le rectorat « qui a bien pris conscience de la situation », assure Christine Moine Uiber. Une équipe mobile de sécurité va être envoyée prochainement pour observer la situation et y trouver des solutions. Les professeurs demandent un assistant d’éducation supplémentaire, un assistant pédagogique pour l’aide aux devoirs et que les deux postes en service civique, vacants jusqu’alors, soient pourvus. « On veut défendre notre établissement, on n’est pas dans la situation de profs un peu chahutés en début d’année », souligne cette enseignante qui exerce son métier depuis 23 ans, dont 4 dans ce lycée.

« Tout est rentré dans l’ordre depuis jeudi mais tout n’est pas réglé, assure Bernadette Bazat, proviseure du lycée Brémontier. Il y a des projets en cours pour lutter contre les incivilités, promouvoir l’égalité hommes-femmes et accompagner les enseignants. Nous allons intensifier ces projets ».