Gironde: Un «gourou» magnétiseur jugé pour agressions sexuelles

PROCES Philippe Lamy était jugé ce mercredi devant le tribunal correctionnel de Libourne pour exercice illégal de la médecine, abus de faiblesse et agressions sexuelles...

Elsa Provenzano

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Maître Daniel Picotin est l'avocat des parties civiles dans le procès de Philippe Lamy.
Maître Daniel Picotin est l'avocat des parties civiles dans le procès de Philippe Lamy. — E.Provenzano / 20 Minutes

Philippe Lamy était connu sous le nom de Florenzo dans les milieux du libertinage qu’il fréquentait assidûment. Ce quadragénaire, ancien gérant du club libertin « la Villa Panthère » à Listrac Médoc est persuadé de détenir un don de magnétiseur. Il a été jugé ce mercredi par le tribunal correctionnel de Libourne pour exercice illégal de la médecine, abus de faiblesse et agressions sexuelles commis entre septembre 2012 et juin 2014.

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Philippe Lamy a déjà été condamné par la Cour d’Appel de Bordeaux le 17 décembre 2013 à quatre mois de prison ferme, pour exercice illégal de la médecine. Le prévenu nie les faits qui lui sont reprochés. S’il consent avoir magnétisé des gélules, il parle de « relations consenties » et de « jeux de rôles » avec les trois femmes qui se sont constituées parties civiles au procès.

Guy Veillon est co-prévenu dans cette affaire, cet ostéopathe comparait pour exercice illégal de la médecine. Il a prescrit des gélules magnétisées par Philippe Lamy à une partie de sa patientèle. Il explique avoir été lui-même sous l’emprise mentale de celui que Daniel Picotin, avocat des parties civiles, n’hésite pas à qualifier de « gourou ».

Des femmes dans des moments de fragilité

Parmi les sept parties civiles, trois femmes qui se disent victimes de ses agissements se sont succédé à la barre ce mercredi. L’une d’elles ne peut même pas prononcer son nom l’appelant « l’individu », une autre fond en larmes et se tord les doigts derrière son dos, en témoignant. Elles ont en commun d’être vulnérables lorsqu’elles rencontrent le prévenu : deux d’entre elles sont en dépression et la troisième souffre d’un cancer de la thyroïde.

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Philippe Lamy incite certaines d’entre elles à arrêter leurs traitements médicaux pour prendre des compléments alimentaires sous forme de gélules, magnétisées par ses soins. Très séducteur, il les isole de leurs familles et de leurs proches, leur impose un régime alimentaire restrictif, les prive de sommeil pour certaines, afin de mieux pouvoir les plier à ses désirs. « Ces femmes ne se connaissent pas mais elles racontent la même chose », note la présidente du tribunal Cécile Baudot, devançant ainsi les arguments de théories du complot, avancés par le prévenu pendant l’instruction.

Des rapports sexuels présentés comme curatifs

Aline (le prénom a été changé), qui souffre d’un cancer, a renoncé à son hospitalisation en chambre stérile sur son injonction. C’est à ce moment que la famille de la jeune femme, très inquiète pour sa santé, porte plainte auprès de la gendarmerie. Elle a rencontré le prévenu quatre semaines plus tôt, par un ami qui pense qu’un magnétiseur peut l’aider, alors qu’elle est aux prises avec sa maladie. Après une séance dont elle a un souvenir « très bizarre », elle le remercie et « ça a été la plus grosse erreur de ma vie », souffle la jeune femme.

A partir de là, il ne la lâche plus, l’assaillant de textos. Il s’impose chez elle avant de lui faire vendre sa maison, et elle emménage ensuite à Libourne avec Philippe Lamy chez Guy Veillon. Elle doit suivre ses volontés : faire des allers-retours quotidiens entre Libourne et Arcachon pour travailler, et se plier à des rapports sexuels présentés comme curatifs. A l’audience, il expliquera qu’il voulait en fait parler des vertus de « l’amour ».

« Je me suis sentie piégée c’était atroce. Je recevais des messages qui m’indiquaient les choses à faire et j’étais terrorisée à l’idée de ce qui pouvait m’arriver si je ne les faisais pas. A la fin, je ne savais plus qui j’étais, si je devais manger ou boire », raconte-t-elle. Elle explique aussi qu’elle a dû masturber un inconnu sur une aire d’autoroute, à sa demande.

« Je suis bête parce que je réalise leurs fantasmes »

Philippe Lamy raconte aussi à ces femmes qu’il est en contact avec son père décédé depuis dix ans et qu’il peut communiquer avec des personnes défuntes. S’agissant d’Aline, il la persuade qu’il rentre en contact avec son grand-père dont elle était très proche « papi Désiré ».

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« Je ne comprends pas, je n’ai jamais forcé qui que ce soit. Je suis bête parce que je réalise leurs fantasmes et c’est comme si j’étais un pervers ! Il faut qu’elles assument », se défend le prévenu. Pour l’une des plaignantes, l’avocate de Philippe Lamy maître Maud Secheresse, met en avant le jeu de séduction qui transparaît des échanges par textos. Celle-ci avait commencé à le fréquenter dans le cadre du libertinage avant de subir une dernière relation qu’elle décrit comme violente et non consentie.

Le procureur de la République de Libourne a requis 4 ans de prison dont un an avec sursis à l'encontre de Philippe Lamy. Les 14 mois de sursis relatifs à une précédente condamnation ont été révoqués et une obligation de soins a été demandée. Le délibéré n'était pas encore connu, mercredi dans la soirée.