Gironde: De la bouse de vaches marines pour restaurer l'écosystème des marais

ENVIRONNEMENT Dix vaches d’une race presque éteinte sont réintroduites dans la réserve naturelle d’Hourtin et vont participer à la relance de la biodiversité…

Elsa Provenzano

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Les vaches marines ont été chassées du Médoc après la guerre alors que le reboisement s'organisait.
Les vaches marines ont été chassées du Médoc après la guerre alors que le reboisement s'organisait. — RNN Etang de Cousseau / SEPANSO

« On ne dirait pas mais si elles sont là, c’est grâce à 20 ans de travail avec les réserves », sourit Lucille Callede, chargée de mission au sein du Conservatoire des races d’Aquitaine, en regardant les dix vaches marines qui viennent d’arriver fin septembre sur la réserve naturelle d’Hourtin. Leur présence, orchestrée par l’Office national des forêts qui gère la réserve naturelle des dunes et des marais d’Hourtin, du Conservatoire des races d’Aquitaine et de  la Sepanso, doit assurer une régénération progressive de l’écosystème.

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« On a vraiment agi juste à temps, avant que la population s’éteigne, il y a 20 ans », précise Lucille Callede. Le troupeau a été installé dans un enclos avant d’être lâché très prochainement dans son milieu naturel dans lequel il va vivre en semi-liberté.

Les vaches marines sont placées dans un enclos avant d'être relâchées dans leur milieu naturel.
Les vaches marines sont placées dans un enclos avant d'être relâchées dans leur milieu naturel. - E.Provenzano / 20 Minutes

De petite taille, les vaches marines sont habituées à se nourrir à partir des ressources de la lande (bruyère par exemple), de plantes qui poussent dans le milieu aquatique (roseaux) et aiment s’immerger en partie dans l’eau.

Le milieu régénéré d’ici 5 à 10 ans

« Les vaches sont importantes pour la microtopographie des lieux qu’elles piétinent et avec leurs bouses, elles apportent de la matière organique qui relance la biodiversité. Elles attirent des coléoptères par exemple », explique François Bottin, conservateur de la réserve naturelle des dunes et des marais d’Hourtin. Cette régénération « peut aller vite, selon Paul Tourneur, chef de projet environnement et chargé du projet pastoralisme sur la réserve naturelle. Mais cela fait bien longtemps qu’il n’y a pas eu d’espèces prairiales sur le site donc je dirais qu’il faudra de 5 à 10 ans ».

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Depuis la création de la réserve naturelle d’Hourtin en 2010, l’Office national des forêts a œuvré pour restaurer des paysages, en ouvrant des clairières, en créant des mares, etc. Les fruits de ce travail sont déjà visibles. La drosera, la gentiane ont par exemple réinvesti les lieux et pour ces spécialistes, c’est déjà un bon indicateur. « On a aussi deux espèces d’araignées très rares sur la réserve », s’enthousiasme François Bottin. Mais le retour des oiseaux par exemple est plus long que ce qu’ils espéraient.

Seulement 100 vaches de cette race dans le monde

La population des vaches marines s’élève à 100 têtes seulement dans le monde entier, car cette race n’existe que dans la région. « Après la seconde guerre mondiale, dans le cadre du reboisement du Médoc, on a supprimé les herbivores qui mangeaient la Lande », explique le conservateur.

Dix vaches marines ont été réintroduites par le Conservatoire des races d'Aquitaine.
Dix vaches marines ont été réintroduites par le Conservatoire des races d'Aquitaine. - E.Provenzano / 20 Minutes

Un petit troupeau a été retrouvé il y a 20 ans et en partenariat avec la Sepanso, le Conservatoire a assuré un suivi et gérer les accouplements, en étant vigilant sur le coefficient de consanguinité. « Mais aujourd’hui il n’y a plus d’apport », précise Lucille Callede.

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Le troupeau réintroduit sur la zone humide d’Hourtin, qui fait 100 hectares, ne sera jamais rentré. L’éleveur qui en a la charge leur donnera quelques compléments ponctuels, comme du foin en hiver mais il n’y aura pas de vaccins ni de vermifuges systématiques. « C’est une race résistante et cela permet de ne pas impacter le milieu avec des produits phytosanitaires », précise la chargée de mission du Conservatoire.

Les acteurs envisagent d’agrandir le troupeau de 15 à 20 vaches, espérant que sur le site le naturel revienne bien au galop.