L'auteur de «Vino Business» attaquée pour diffamation a été relaxée

INTERVIEW Hubert de Boüard, propriétaire du Château Angélus, avait attaqué Isabelle Saporta après la sortie de son livre dans lequel elle l’accuse d’être juge et partie dans le classement des vins de Saint-Emilion…

Propos recueillis par Elsa Provenzano

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Isabelle Saporta a été relaxée par le tribunal correctionnel de Paris le 22 septembre 2016.
Isabelle Saporta a été relaxée par le tribunal correctionnel de Paris le 22 septembre 2016. — CHAMUSSY/SIPA

Attaquée en diffamation par un puissant vigneron de Saint-Emilion il y a environ deux ans,la journaliste Isabelle Saporta vient d’être relaxée ce jeudi 22 septembre 2016 par le tribunal correctionnel de Paris.

Son livre Vino Business publié en mars 2014, et le documentaire éponyme, diffusé en septembre 2014 avaient ébranlé une partie du milieu du vin. Elle y vise en particulier Hubert de Boüard de Laforest, copropriétaire du Château Angélus.

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Celui qu’elle n’hésite pas à qualifier de « petit Machiavel du vin » a été à son sens à la fois juge et partie dans le classement des vins de Saint-Emilion. Ce puissant vigneron est aussi membre de toutes les institutions d’envergure, y compris d’un comité dépendant du ministère de l’Agriculture, qui valide ce classement. Si en 2012 le classement, révisé tous les dix ans, fait entrer le Château Angélus dans la catégorie « premiers grands crus classés A », la plus prestigieuse, pour la journaliste la position d’Hubert de Boüard n’y est pas pour rien.

Quelle est votre réaction après cette relaxe ?

Les juges n’ont même pas retenu le caractère diffamatoire, j’ai gagné sur toute la ligne ! Je savais que mon enquête était solide mais je suis bien soulagée parce qu’Hubert de Boüard me demandait 60.000 euros, ce qui est énorme pour moi. Après, tout n’est pas encore fini, il lui reste encore 10 jours pour faire appel, s’il le décide.

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Qu’avez-vous retenu de l’audience qui s’est déroulée le 9 juin dernier ?

Pendant l’audience, qui a tout de même duré 8 heures, il m’a attaqué en disant que ce que je racontais était faux. Mais je crois avoir montré qu’il était juge et partie. Après, il peut se plaindre du ton que j’ai employé. Durant l’audience son avocat a dit « 60.000 euros, qu’est-ce que c’est ? » C’est sûr on ne joue pas dans la même cour et on n’a pas les mêmes moyens. C’est bien le pot de terre contre le pot de fer.

Pourquoi votre enquête a-t-elle fait autant réagir, dans le milieu des grands crus ?

Si on a porté plainte contre moi, c’est clairement pour qu’on arrête de faire de telles enquêtes. C’est dur, il y a une omerta mais la vérité peut éclater quand on mène une enquête proprement et qu’on s’appuie sur des faits.