Pesticides: Deux ans après le malaise d’écoliers en Gironde, qu’est-ce qui a changé ?

SANTE En mai 2014, 23 élèves d’une école élémentaire avaient été victimes de malaise après l’épandage de fongicides sur des vignes voisines de l’établissement…

Elsa Provenzano

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Un épandage dans des vignes bordelaises. 
 
Un épandage dans des vignes bordelaises.   — S.Ortola / 20 minutes

Il y a un peu plus de 2 ans, l’incident a fait du bruit en Gironde. En mai 2014, une enseignante et 23 élèves sont victimes de malaises et d’irritations au même moment, alors qu’un épandage de fongicides vient d’être réalisé sur une parcelle voisine de l’école de Villeneuve, près de Blaye.

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Quelles étaient les causes de ces malaises ?

L’agence régionale de santé (ARS), sans pouvoir établir un lien de causalité certain entre les pesticides et ces malaises, écrit dans son rapport : « Des tracteurs ont répandu le même jour des produits fongicides secondairement identifiés [par le centre antipoison du CHU de Bordeaux] contenant les substances actives suivantes le mancozèbe, le mefenoxam, la spiroxamine […]. Les effets connus des fongicides identifiés sont concordants avec les symptômes décrits par les enfants et personnels de cette école. »

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Des conclusions rappelées par les différents collectifs anti-pesticides ce lundi lors d’une conférence de presse. Ils déplorent qu’une parcelle bio située non loin de l’école, ait été pointée du doigt et que l’information selon laquelle le soufre utilisé par ce viticulteur était responsable des malaises des enfants, ait été diffusée.

Les associations ont aussi souligné que l’école est entourée de vignes cultivées en agriculture conventionnelle tandis que la vigne bio est séparée de l’école par la route départementale, des maisons et des jardins. « Et les services de l’Etat ont laissé se répandre cette rumeur selon laquelle la viticulture bio serait responsable », ajoute Valérie Murat, militante anti-pesticides.

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Quelles mesures ont été prises à Villeneuve après cet incident ?

« Dès le lendemain, des procédures ont été mises en place, et le règlement notamment concernant la vitesse du vent [un texte de 2006 impose de ne pas épandre quand le vent est supérieur à 19 km/h] a été respecté. Tout se passe bien », assure Catherine Verges, viticultrice et maire de la petite commune de Villeneuve.

Evidemment, les associations anti-pesticides ne tirent pas le même constat. « La protection des élèves de l’école n’a pas bougé d’un poil, cela prouve le niveau de préoccupation de la mairie de Villeneuve », estime Dominique Techer, élu Confédération paysanne de Gironde à la chambre d’agriculture de Gironde.

Un arrêté préfectoral a aussi été pris en mars 2016 pour mieux encadrer l’épandage, recommandant l’usage de matériel anti-dérive et restreignant les horaires des traitements.

« C’est évident qu’on fait plus attention [depuis l’incident de Villeneuve] et qu’on communique davantage avec nos voisins. On avertit ceux qui le veulent par mail que l’on va traiter », assure Jean Samuel Eynard, le président du syndicat viticole des Côtes de Bourg, qui comprend 15 communes dont Villeneuve. Un programme de plantation de haies va aussi être lancé. Il prévoit 1.200 à 1.800 mètres sur les 15 communes, sachant que toutes ne sont pas concernées. « Elles permettent de faire tomber plus vite les gouttelettes de produit au sol », souligne-t-il.

Quand on évoque l’idée du collectif Info Médoc pesticides de traiter en bio les parcelles les plus proches des écoles, il se montre sceptique : « Les produits biologiques ne sont pas neutres. Le bio ne règle pas tous les problèmes. »

Et plus largement sur le dossier des pesticides ?

« Après la diffusion du reportage de Cash Investigations sur les pesticides, la Confédération paysanne a demandé le 29 février 2016 au service régional de l’alimentation [SRAL] d’évaluer la consommation de pesticides cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques [les plus dangereux] en Gironde, pointe Dominique Techer. On n’est toujours dans l’attente de ces documents. Comment peut-on avancer quand on n’a pas de diagnostic ? »

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Au printemps 2016,le conseil interprofessionnel des vins de Bordeaux a annoncé sa volonté de diminuer son usage des pesticides, notamment en développant des plants résistants aux maladies. Mais la Confédération paysanne précise que, déjà, dans d’autres régions où ils ont été testés, cette résistance est mise à mal, notamment par certaines formes de mildiou.

« En tout cas, sur le terrain, c’est la même campagne de traitement des vignes en 2016 qu’auparavant », conclut Marie-Lys Bibeyran, travailleuse viticole et membre d’Info Médoc Pesticides.