Viande bovine: «Soit les Français nous aident, soit ils mangeront des vaches américaines aux hormones»

REPORTAGE Dans la région, de plus en plus d’agriculteurs mettent la clé sous la porte…

Clément Carpentier

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Les éleveurs ont manifesté devant le Carrefour de Lormont.
Les éleveurs ont manifesté devant le Carrefour de Lormont. — Clément Carpentier

A genoux sur une bâche avec une bombe de peinture à la main, Thierry ne se décourage pas malgré la chaleur écrasante sur le parking du Carrefour à Lormont. Cet éleveur de viande bovine à un message très clair pour le groupe français avec ses camarades : « Carrefour ruine les éleveurs, allez chez Super U »

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Des petites exploitations très vite touchées 

Ne croyez pas que les dirigeants de cette dernière entreprise l’ont payé pour écrire un tel slogan. Non, la réalité, c’est Franck installé dans le Médoc qui l’explique : « Avec les prix de l’un on arrive à vivre avec l’autre c’est impossible. Et en plus, Carrefour refuse même de négocier. » Carrefour paie 3,50 euros le kilo alors que toutes les autres enseignes donnent 50 centimes à 1 euro de plus selon les éleveurs aquitains.

En Nouvelle Aquitaine, la situation est encore plus préoccupante à cause de la taille des élevages. « Par rapport à la moyenne nationale, nos exploitations sont petites. On peut donc disparaître très vite si le prix de revient n’est pas correct » affirme Franck Ballester, directeur de la FDSEA Gironde.

Même la Bazadaise est en difficulté

Des éleveurs qui doivent aussi faire avec d’autres difficultés en Aquitain, Limousin ou Poitou-Charente. Par exemple avec le relief du territoire, la qualité de la terre et le climat : « Dans certains coins de Dordogne, on ne peut pas faire autre chose que de l’élevage de viande bovine. Alors on fait comment si ce n’est plus possible ? » ajoute le représentant syndical.

Le manque d’abattoir provoque aussi des difficultés. Le transport coûte cher et il n’est pas forcément pris en compte. Pour se rendre compte des difficultés des éleveurs aquitains, il suffit de s’intéresser à la Bazadaise. Une race de vache réputée et même mis à l’honneur au dernier salon de l’agriculture. Cette filière est pourtant, elle aussi, en difficulté.

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Les consommateurs ont un choix à faire 

Pour l’instant, les agriculteurs ont décidé de faire des actions « soft » mais pourraient durcir le ton à l’image du conflit avec Lactalis. Sur le parking du Carrefour de Lormont, ils ont été à la rencontre des consommateurs qui « ne se rendent pas compte de grande chose puisque le prix final est le même pour eux », rappelle Alain Cazaux, directeur régional de la FDSEA.

Franck Ballester insiste sur le fait « qu’aujourd’hui, les Français ont un choix à faire. Soit ils nous aident en achetant dans des enseignes qui négocient avec nous. Soit dans quelque temps, ils mangeront des vaches américaines aux hormones. »

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