Jeux paralympiques: «On est des athlètes comme les autres»

RIO 2016 Les Jeux paralympiques débutent ce mercredi. Entretien avec Damien Tokatlian, athlète girondin...

Laetitia Dive

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A gauche de Damien Tokatlian (au centre), la basketteuse Grace Wembolua et l'escrimeur Romain Noble aux côtés des représentants du département.
A gauche de Damien Tokatlian (au centre), la basketteuse Grace Wembolua et l'escrimeur Romain Noble aux côtés des représentants du département. — Laurent Gazal

Ils sont trois Girondins à représenter la France aux Jeux Paralympiques de Rio : une basketteuse et deux escrimeurs. Parmi eux, Damien Tokatlian, sélectionné au fleuret. Agé de 46 ans, l’athlète pratique l’escrime depuis tout jeune. Lorsque sa maladie le contraint à se déplacer en fauteuil à l’âge de 30 ans, il décide de continuer son sport malgré tout. Arrivé 4e en individuel aux Jeux paralympiques de Londres, l’athlète explique à 20 Minutes son espérance de revenir avec une médaille de Rio.

Quel est l’objectif pour ces Jeux ?

De faire mieux qu’à Londres, en individuel comme en équipe. En 2012, c’était des super Jeux : je suis arrivé 4e en individuel et on a eu l’argent par équipe. Cette fois, je dois faire mieux seul comme en équipe. Romain Noble [l’autre escrimeur de Gironde] fait de l’épée et du sabre. Moi je suis sélectionné au fleuret. Il y a donc un athlète du département dans chaque discipline : on va essayer de rapporter toutes les médailles !

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Vous avez pratiqué l’escrime en tant que valide, c’est très différent en fauteuil ?

C’est la même technique. Mais sans les jambes, il y a une priorité donnée au travail de la main. Je m’entraîne avec des valides et quand ils sont avec moi, ils travaillent justement leur technique de main. Le maître d’armes demande que cet entraînement soit fait car il est important. Quand on est valide on travaille aussi les fondamentaux, c’est-à-dire les jambes. En fauteuil, on est fixé au sol donc on déplace juste le buste.

Vous êtes père de trois enfants, athlète de haut niveau et vous travaillez à EDF : comment faites-vous pour concilier le tout ?

Je bénéficie d’une Convention d’Insertion Professionnelle (CIP) qui me libère du temps professionnel pour que je puisse m’entraîner. Je travaille donc à mi-temps. L’escrime est une passion que j’ai depuis tout petit et je tenais absolument à continuer, même lorsque mon handicap est arrivé. D’ailleurs, je suis aussi maître d’armes et arbitre international chez les valides dans les trois armes.

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Pour ces Jeux, le département vous soutient…

Il nous apporte une aide financière mais aussi beaucoup en termes de soutien territorial. Ça sert à montrer aux Girondins qu’il y a des athlètes du coin qui partent aux Jeux paralympiques et de les sensibiliser au thème du handisport. Il faut faire évoluer les regards aujourd’hui.

Vous sentez-vous appuyé par le monde du sport ?

Oui, du moins les escrimeurs valides nous soutiennent. Je suis persuadé qu’ils vont regarder. On a des partenaires d’entraînement, qui sont membres de l’équipe de France valide et qui viennent avec nous à Rio ! Ils sont conscients de nos performances comme on est conscients des leurs. On vibre pour la même passion, on est des athlètes comme les autres. En 2010, les championnats étaient au même moment : ils sont venus nous voir comme on est venus les voir.

Que reste-t-il à faire pour que les gens s’intéressent au handisport ?

La seule chose qui manque c’est la couverture médiatique. C’est aux médias de montrer que l’on fait du sport. Notre handicap n’est pas présent dans notre pratique sportive : c’est de la performance sportive comme chez les valides. Mais les choses bougent : pour Rio, France Télévisions. C’est la première fois ! C’est un plus. Mais est ce que c’est autant que chez les valides ? A vous de me le dire.

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