Bordeaux: Première enquête d'un juge dans une affaire d'exposition aux pesticides

JUSTICE Après le décès du viticulteur James-Bernard Murat d’un cancer lié à l’arsénite de sodium qu’il appliquait sur les vignes, sa famille porte plainte et se constitue partie civile…

Elsa Provenzano

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Maître François Lafforgue défend la famille Murat.
Maître François Lafforgue défend la famille Murat. — STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Pour elle, les grandes industries pharmaceutiques impliquées (Aventis rachetée en 2002 par Bayer, CMPA et Littoral) doivent assumer leurs responsabilités. La famille Murat a décidé de déposer une plainte avec constitution de partie civile ces jours-ci, après le décès d’un cancer en 2012 de James-Bernard Murat.

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Ce vigneron a été exposé pendant 42 ans à de l’arsénite de sodium, utilisé pour traiter les vignes contre l’esca, une maladie due à des champignons parasites. Il n’a jamais été alerté sur la nocivité de ce produit. La mutualité sociale agricole (MSA) a reconnu son cancer comme maladie professionnelle en février 2012. L’histoire de cette famille sera le fil conducteur d’un documentaire d’Aude Rouaux, « Pesticides, le poison de la terre » diffusé mardi 6 septembre à 20h40 sur France 5.

Mettre toutes les responsabilités en lumière

« Il faut que toutes les responsabilités soient mises en lumière : celles des firmes qui ont mis ces produits sur le marché et celles de l’Etat qui a une mission de police phytosanitaire », insiste Valérie Murat, la fille du viticulteur.

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Pour la première fois, une enquête menée par un juge d’instruction va avoir lieu dans une affaire d’exposition aux pesticides. Une première soulignée par l’avocat de la famille Murat maître François Lafforgue, qui a aussi défendu Paul François, cet agriculteur qui a fait condamner Monsanto après son intoxication via l’inhalation de pesticides destinés au maïs. « Et il y a beaucoup de zones inexplorées dans cette affaire (Murat). Pourquoi par exemple, l’arsénite de sodium est-il resté aussi longtemps sur le marché ? Il n’a été interdit qu’en 2001 dans la viticulture alors qu’il l’était depuis les années 70 dans l’agriculture », détaille le conseil de la famille Murat.

« Il y a dix ans, on ne parlait pas du tout de cela »

Une première plainte contre X avait été déposée par la famille le 27 avril 2015 devant le pôle de santé publique du TGI de Paris et elle avait été classée sans suite le 25 mai au motif que la causalité entre les pesticides et la maladie n’était pas établie. « Le parquet estime qu’en matière pénale il faut une certaine certitude mais il est impossible d’établir un lien entre un cancer et un produit, il faut donc raisonner selon le dossier et nous avons beaucoup d’arguments à faire valoir », explique maître François Lafforgue.

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« L’arsénite de sodium est très emblématique de ce qui existe sur le marché, au sens où on y met des produits dont on connaît la nocivité et après on précise qu’il faut des équipements individuels… L’Etat doit garantir la santé au travail ! » s’insurge Valérie Murat.

Une prise de conscience des dangers liés aux pesticides semble émerger. « Il y a dix ans, on ne parlait pas du tout de cela. Un pas de plus a été fait » estime maître François Lafforgue. La démarche de la famille Murat pourrait inciter d’autres victimes et familles de victimes à saisir la justice.