Affaire Bettencourt: Qui est Banier, l'ami intime de Liliane Bettencourt, qui vient de mourir?

JUSTICE Le photographe a finalement passé un accord avec la fille de la milliardaire en août pour mettre fin à la saga judiciaire qui court depuis dix ans...

Elsa Provenzano

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François Marie Banier est accusé d'avoir abusé de la vulnérabilité de Liliane Bettencourt.
François Marie Banier est accusé d'avoir abusé de la vulnérabilité de Liliane Bettencourt. — GEORGES GOBET / AFP

François-Marie Banier, 69 ans, était un proche de Liliane Bettencourt, héritière de l’Oréal, et a bénéficié de nombreuses largesses qui se chiffraient en centaines de millions d’euros. A-t-il abusé de cette générosité quand la santé de la femme la plus riche de France s’était dégradée ? C’était la question au cœur du volet abus de faiblesse de l’affaire Bettencourt,, jugée en août 2016 à Bordeaux.

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En première instance, le 28 mai 2015, il avait été condamné à trois ans de prison, dont six mois avec sursis, 350.000 euros d’amendes pour abus de faiblesse et de blanchiment de fonds entre septembre 2006 et octobre 2010, au préjudice de Liliane Bettencourt. Le tribunal correctionnel de Bordeaux avait aussi estimé qu’il devait verser plus 158 millions d’euros au tuteur ad hoc de la milliardaire.

Finalement, dix ans après, au début du mois d'août 2017, les avocats respectifs de François-Marie Banier et de Françoise Bettencourt-Meyers annoncent être arrivés à un accord, mais ne l'ont à ce jour pas commenté. 

Il se décrit comme impertinent…

Lors du premier procès, le tribunal découvre un prévenutrès à l’aise à la barre et qui prend manifestement plaisir à se raconter, insistant sur l’originalité de sa personnalité. « Mon père était très conventionnel, sévère et gaulliste. Moi, j’avais un tempérament créatif, en dehors des sentiers conventionnels », se souvient-il. Issu d’une famille bourgeoise, il se confronte « à la vie réelle », explique-t-il, en travaillant comme coursier ou libraire. « Vous habitiez quand même à ce moment-là chez vos parents dans le 16e arrondissement, avenue Victor-Hugo », nuance le président du tribunal, Denis Roucou. « Oui, mais un 70 m2 pour cinq », rétorque le prévenu.

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… et talentueux

En 1969, alors qu’il a 22 ans, il publie son premier roman, Les résidences secondaires. « J’ai eu un certain succès, qui m’a valu la première page du Figaro. Sont alors venus à moi des gens qui faisaient le même métier », raconte François-Marie Banier. Il rencontre Françoise Giroud (qui créera l’Express), Pierre Lazareff (patron de France Soir), et a aussi été attaché de presse du couturier Pierre Cardin..

Il travaille également avec un autre couturier, Yves Saint-Laurent et son compagnon Pierre Bergé : « J’ai inventé deux noms de parfum qui ont été les plus vendus au monde. Ils m’ont rapporté des royalties qui m’ont permis de voyager, d’acheter des appartements, une maison à la campagne », tient-il à préciser, avec emphase.

Son amitié avec Liliane Bettencourt

Il rencontre pour la première fois Liliane Bettencourt en 1969, chez les Lazareff. Son premier livre de photos à paraître en 1987 est sponsorisé par la milliardaire. Et c’est l’année où paraît le célèbre portrait de l’héritière de l’Oréal dans le magazine Egoïste.

« Tout de suite quelque chose s’est produit dans la gaieté et la joie. Et très vite, nous sommes allés dans la profondeur, affirme-t-il au tribunal. Au bout de deux à trois ans, elle a décidé de devenir la mécène de mon art. Elle a voulu que je ne m’adonne qu’à ça : "Donnez tout à ce que vous faites, j’ai les moyens pour que vous ne fassiez qu’écrire et photographier" ». Quand les magistrats pointent l’énormité des sommes en jeu, il répond que c’était son souhait qu’il puisse avoir le même train de vie qu’elle.

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Si au début de leur relation, certains proches de Liliane Bettencourt concèdent qu’il lui apportait divertissement et distraction, le gendre de l’héritière de l’Oréal raconte qu’à partir de 1995, leur relation devient plus étroite et va jusqu’à « mordre sur l’intimité familiale ». L’emprise du photographe sur la vieille dame ne fait plus de doute aux yeux de plusieurs de ses amis et proches lorsqu’il devient son légataire universel en 2007 dans un testament qui est rendu invalide en 2010. C’est la plainte déposée par la fille de la milliardaire Françoise Bettencourt Meyers en 2007 qui déclenchera toute l’affaire.

Une boulimie pour l’argent ?

Lors du procès en appel le photographe apparaît moins mordant. S’il est toujours à l’aise à la barre, il n’est plus aussi enclin à se livrer dans le détail. Il dispose d’un appareillage auditif et au lieu de se prêter au jeu des poses avec les photographes, il les évite. Il s’échine à prouver son amitié avec la milliardaire à grand renfort de courriers et de fax. « Les documents ne prouvent rien, leur amitié est indiscutable mais on lui reproche d’en avoir abusé », précise l’avocat général, qui estime qu’il a « développé une boulimie pour l’argent ».

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Banier possède plusieurs appartements dans le 6e arrondissement et dispose au total de plus de 1.000 m2 à Paris (appartements, ateliers), de deux riads à Marrakech et d’une propriété dans le Gard, selon sa déclaration d’Impôts sur la fortune (ISF) de 2011. Il est aussi propriétaire de nombreuses œuvres d’art, qu’il conserve dans des coffres de banque