Etude sur la santé des étudiants: «On voit que la migraine est un problème très négligé»

STATISTIQUES L'étude de grande ampleur i-Share sur la santé des étudiants, lancée en 2013, a déjà rassemblé 12.000 volontaires...

Elsa Provenzano

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Christophe Tzourio, neurologue et épidémiologiste à l’université de Bordeaux et investigateur principal de i-Share.
Christophe Tzourio, neurologue et épidémiologiste à l’université de Bordeaux et investigateur principal de i-Share. — C.Goussard

L’étude i-Share a été lancée en 2013 par les universités de Bordeaux et Versailles et ambitionne de suivre 30.000 étudiants sur 10 ans pour mieux appréhender la santé de ce public très peu étudié.

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Trois ans plus tard, 12.000 étudiants se sont portés volontaires et ont intégré le programme. Christophe Tzourio, neurologue et épidémiologiste à l’université de Bordeaux et investigateur principal de i-Share tire un premier bilan sur ce programme ambitieux.

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12.000 participants, c’est un chiffre au-delà de vos espérances ?

Oui, le chiffre correspond à notre courbe de recrutement et c’est très rare ! On devrait atteindre les 30.000 participants en 2019, selon nos prévisions. On est vraiment reconnaissant vis-à-vis des étudiants car beaucoup de professionnels nous disaient qu’ils auraient peur et qu’ils n’aimaient pas s’engager. Les deux tiers des étudiants investis viennent de Bordeaux et le reste de Versailles mais aussi de 80 universités extérieures, comme il est possible de participer en ligne.

Qu’est-ce qui est demandé aux participants ?

Le contrat de base c’est un premier questionnaire en ligne assez long (40 minutes environ pour le remplir) et chaque année, on leur demande de répondre à un questionnaire plus court qui permet de voir où ils en sont, par exemple de leur consommation (tabac, alcool, drogues) et parallèlement de leurs études. On leur demande de continuer à répondre aux questionnaires une fois dans la vie active.

Des recherches sur des pathologies précises sont aussi mises en place ?

Oui, en parallèle, une quinzaine de projets spécifiques sont aussi mis en place par des chercheurs qui font partie ou non du projet i-Share. Par exemple, un psychiatre a souhaité s’intéresser à la question du stress et i-Share lui permet d’avoir accès à des étudiants très stressés et non stressés. 200 étudiants se sont déjà engagés sur ce projet.

Le projet sur l’exploration du cerveau par l’IRM cérébrale avance bien alors qu’il faut faire des prises de sang à jeun. 600 ont déjà participé et on vise 2.000 volontaires, ce qui en fera la plus grande étude sur la question de l’anatomie et du fonctionnement cérébral sur des sujets de cet âge.

Quels sont les grands enjeux de cette étude ?

Etudier la santé des étudiants peut paraître banal, on se dit : à 20 ans on n’est pas malade. Mais on découvre avec i-Share que, par exemple, les questions liées au stress, à l’anxiété, aux pensées suicidaires sont extrêmement prégnantes. Et il ne s’agit pas seulement d’observer mais d’être dans la perspective d’agir. On voit aussi que la migraine est un problème très négligé. Beaucoup ne se reconnaissent pas comme migraineux, alors qu’ils parlent d’une crise par semaine, ce qui est très violent.

i-Share c’est aussi une plateforme pour des recherches génétiques, sur le cerveau. Il est par exemple très rare d’avoir la possibilité d’impliquer autant de jeunes adultes migraineux et cela permet d’aller plus vite dans le développement de projets de recherche ambitieux.

Le budget de 8,4 millions d’euros est insuffisant pour mener toutes les sous études envisagées. Avez-vous réussi à trouver d’autres sources de financement ?

On peut dire que le verre est à moitié vide et à moitié plein. Le conseil européen de la recherche a attribué en décembre dernier une bourse d’1,5 million d’euros à Stéphanie Debette, une chercheuse i-Share. Une somme qui financera en partie l’analyse génétique et l’imagerie dans l’étude. Mais par contre, il n’y a pas de partenaires privés pour le moment. Ils ont peu de capacités d’imagination et c’est vraiment décevant.