Affaire Bettencourt: Mêmes peines qu'au premier procès requises contre Banier et son compagnon

JUSTICE L'avocat général a demandé ce lundi à la Cour d'appel de Bordeaux de confirmer les peines émises en première instance contre le photographe François Marie Banier et son ami...

Elsa Provenzano

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Le photographe François-Marie Banier et son compagon Martin le Barrois d'Orgeval / AFP PHOTO / GEORGES GOBET
Le photographe François-Marie Banier et son compagon Martin le Barrois d'Orgeval / AFP PHOTO / GEORGES GOBET — AFP

A quelques jours de la fin du procès en appel du volet abus de faiblesse de l’affaire Bettencourt, l’avocat général Pierre Nalbert a demandé la confirmation des peines prononcées en première instance contre François-Marie Banier et son compagnon Martin Le Barrois d’Orgeval.

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Le photographe avait été condamné à trois ans de prison dont six mois avec sursis et 350.000 euros d’amende et son ami à 18 mois de prison avec sursis et 150.000 euros d’amende. Ils sont soupçonnés d’avoir abusé de la vulnérabilité de Liliane Bettencourt, héritière de l’Oréal, qui a déversé une « pluie d’or » sur eux à travers des dons d’œuvres d’art, d’assurances vies et autres libéralités.

« Il veut vous faire croire qu’elle a été une femme d’affaires »

Pour l’avocat général le fond du dossier c’est l’âge, la maladie, la déficience physique et psychologique de la richissime victime Liliane Bettencourt, aujourd’hui âgée de 93 ans et placée sous tutelle. Des éléments qui, pour lui, ne laissent pas de doute concernant sa vulnérabilité au moment des faits, entre 2006 et 2010.

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« Il veut vous faire croire qu’elle a été une femme d’affaires jusqu’au bout, libre de ses décisions », estime Pierre Nalbert, rappelant qu’elle est rentrée au conseil d’administration de l’Oréal à 73 ans. « Elle était tout sauf une femme d’affaires, elle était plus intéressée par la culture, les sorties et les arts », ajoute-t-il.

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Le magistrat note qu’il a modifié son système de défense par rapport au premier procès et qu’il met en avant l’amitié qu’il avait nouée avec la milliardaire, à grand renfort de courriers et de faxs. « Les documents ne prouvent rien, leur amitié est indiscutable mais on lui reproche d’en avoir abusé », précise l’avocat général.

« Les libéralités se transforment alors en abus de faiblesse »

Dès 2003, l’avocat général estime que Banier va être obsédé par la sécurisation des libéralités obtenues auprès de Liliane Bettencourt. « Et c’est souvent après une hospitalisation qu’elle confirme les attributions », note l’avocat général. Il estime qu’après 2006 et son accident à Formentor en Espagne, son état de vulnérabilité est apparent et connu de ses proches. « Les libéralités se transforment alors en abus de faiblesse », déclare Pierre Nalbert.

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Des témoignages recueillis auprès d’employés de la milliardaire, qui ne font pas partie des personnes visées par des plaintes de François-Marie Banier pour faux témoignages, sont assez accablants. Certains rapportent qu’elle ne savait pas si elle était à Neuilly ou aux Seychelles sur l’île d’Arros, qu’elle se perdait dans sa maison ou encore qu’elle était l’ombre d’elle même.

En 2007, elle est entendue par le procureur et ne se souvient ni des montants des sommes qu’elle a accordées au photographe, ni des circonstances de leurs attributions. Un médecin qui l’examine parle à cette époque d’une « maladie d’Alzheimer à un stade modérément avancé ». Elle souffre aussi d’une « surdité profonde ».

« Une boulimie pour l’argent »

Pour l’avocat général, François-Marie Banier a été ébloui par les moyens considérables de la femme la plus riche de France. « Il a développé une boulimie pour l’argent, il est devenu insatiable », estime-t-il.

Il considère que Martin Le Barrois d’Orgeval, qui a bénéficié de dons d’œuvres, « n’ignore rien, qu’il est lui aussi un familier et a bénéficié de la pluie d’or ».

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Il a demandé aux juges d'« entrer en voie de condamnation », sans plus de précision sur le montant de la peine en ce qui concerne l’ancien avocat de la milliardaire Pascal Wilhelm. Il est poursuivi pour son rôle dans l’investissement de 143 millions d’euros réalisé par la vieille dame dans le groupe de Stéphane Courbit, un de ses autres clients. En première instance, il avait été condamné à 30 mois de prison dont un an avec sursis et 250.000 euros d’amende.

L’avocat général a demandé que le quatrième et dernier appelant le notaire Patrice Bonduelle, soupçonné d’avoir aidé Pascal Wilhelm, soit « mis hors de cause », et relaxé.

Le procès doit se poursuivre jusqu’au 27 mai.