« Le cannabis n'est pas la priorité »

Recueilli par Augustin Arrivé - ©2007 20 minutes

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Benoît Fleury

Président girondin de l'Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (ANPAA).

En quoi consiste le travail de votre association ?

Nous avons trois missions. La prévention des dangers de la dépendance, d'abord, principalement auprès des jeunes. L'aide aux personnes en difficulté, ensuite, avec la mise à disposition de psychologues et de médecins. Nous délivrons ainsi 14 000 consultations gratuites chaque année, rien qu'en Gironde. Et puis nous veillons au respect des législations sur les drogues, notamment la loi Evin.

Qui vient chercher de l'aide auprès de l'ANPAA ?

Il n'y a pas de profil type. Nous recevons des hommes et des femmes, des jeunes et des moins jeunes. La plupart viennent spontanément ou sont conseillés par des partenaires sociaux. Et puis d'autres (35 % environ) nous sont envoyés par la justice dans le cadre d'une obligation de soins.

La semaine dernière, le président de la mission interministérielle de lutte contre la drogue (MILDT) est venu à Bordeaux. C'est un collaborateur efficace pour votre association ?

La MILDT offre des soins, aide les personnes dépendantes, et c'est bien. Mais elle se préoccupe surtout du cannabis, et même si on n'en mesure pas encore les effets sur le cancer, il est clair que ce n'est pas la priorité. L'alcool tue 40 000 Français par an, le tabac, 60 000. Il y a une vraie hypocrisie dans ce pays : ce sont les drogues les plus dangereuses qui sont autorisées.

L'antenne girondine de l'ANPAA est née en 1957. La consommation de drogue a-t-elle évolué en cinquante ans ?

Les drogues dures restent marginales. Le cannabis, lui, s'est largement répandu. Mais le plus flagrant, c'est l'augmentation considérable de la vente de tabac, notamment chez les femmes, qui étaient hier une minorité. A ce titre, les mesures législatives actuelles - la hausse des prix, par exemple - sont une bonne chose.

Et en ce qui concerne l'alcool ?

Il y a eu un recul global de l'alcoolisme. La Gironde est d'ailleurs un département plutôt préservé par rapport aux régions du Nord. Mais en même temps, l'alcool devient festif. L'ivresse chez les jeunes a explosé et les accidents de la route s'en ressentent. C'est un changement de mentalité.

Etes-vous pour une tolérance zéro sur l'alcool au volant ?

Non. En France, le taux autorisé est de 0,5 g/l. Un taux 0 ne me paraît pas applicable. De nombreux pays européens sont à 0,2 g/l, ce qui représente un verre de vin. Il faut y réfléchir. De toute façon, l'Union européenne nous y mènera bientôt.