Poitou-Charentes: L'audit final confirme 200 millions d'euros à rattraper dans l'ex-région de Royal

FINANCES Les conclusions finales de l’audit des comptes de l’ex-région Poitou-Charentes ont été rendues par le cabinet Ernst & Young et confirment les 132 millions d’euros d’impayés et les 70 millions d’euros sous-budgetés…

Elsa Provenzano

— 

Alain Rousset, président socialiste de la région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes.
Alain Rousset, président socialiste de la région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes. — GEORGES GOBET / AFP

C’est confirmé par l’audit complet, les comptes de l’ex-région Poitou-Charentes, dirigée par Ségolène Royal (PS) jusqu’en 2014, doivent être assainis. Un premier rapport intermédiaire rendu début avril à la demande de la Région par le cabinet Ernst & Young parlait d’une « situation financière alarmante ». L’audit a été demandé lors de la fusion des 3 régions.

>> A lire aussi : Poitou-Charentes: «Situation financière alarmante» dans l'ancienne région de Ségolène Royal

Et l’audit final qui vient d’être rendu confirme « les 132 millions d’euros d’impayés, les 70 millions d’euros de sous-budgétisation sur un certain nombre de politiques, des emprunts toxiques, la dégradation de la capacité de désendettement, et des problèmes sur la traçabilité des processus de décisions », égrène Florent Boudié, porte-parole de la Région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes. Ce rapport de 135 pages marque « la volonté politique de transparence » du nouvel exécutif régional, souligne-t-il.

10 millions d’euros d’emprunts toxiques

Sur les 100 millions d’emprunts dits complexes, 10 millions d’euros sont considérés comme toxiques c’est-à-dire très risqués. Ces dernières années, beaucoup de collectivités qui avaient eu recours à des emprunts toxiques en 2007/2008 ont pris des mesures pour s’en défaire. Cela a été le cas de l’ex-région Limousin, l’an dernier. Dans l’ex-région présidée par Ségolène Royal « visiblement, il y a eu un manque d’anticipation sur les risques que faisaient courir ces emprunts toxiques », estime Florent Boudié.

>> A lire aussi : Crise financière en Poitou-Charentes: Macaire renonce à son indemnité de vice-président

L’exécutif régional va se faire accompagner pour se défaire le plus judicieusement possible de ces « boulets », en rachetant ces emprunts ou en négociant leur taux, par exemple. « On demande à Bercy de réouvrir le fonds fermé au 31 décembre 2015 pour aider les collectivités à se défaire de ses emprunts toxiques », précise aussi le porte-parole.

Une enquête approfondie de la cour régionale des comptes 

L’audit porte seulement sur 2013/2015 alors que l’enquête juridictionnelle de la Cour Régionale des comptes, initiée fin janvier, s’intéresse à la période 2010/2015. Elle travaille à partir de pièces mais peut aussi mener des investigations sur place « ou demander des auditions de personnes qui ont exercé ou exercent encore des responsabilités », souligne Florent Boudié. Le rapport définitif sera connu à la fin de l’année 2016. C’est aussi son rôle de poser la question de responsabilités éventuelles par rapport à cette situation.

>> A lire aussi : Aquitaine: La nouvelle grande région démarre avec une jolie crise financière

« On ne met pas en cause la nature des politiques menées en Poitou-Charentes mais l’absence de maîtrise », assure le porte-parole, évoquant par exemple une politique de rénovation thermique des toitures qui est passée très vite d’un objectif de 10.000 bénéficiaires à 20.000.

Quelles conséquences pour la grande région ?

On parle d’une situation d’urgence de 200 millions d’euros (132 millions d’euros d’impayés et 70 millions d’euros de sous-budgétisation). « Mais il faut la mettre en perspective avec ce qu’est le budget de la région, c’est 2,5 milliards d’euros, rappelle Florent Boudié. Et notre chance c’est que les ratios financiers de l’ex région Aquitaine, la capacité d’autofinancement, de désendettement, sont extrêmement solides et performants. »

S’il y a forcément un effort de rattrapage à prévoir, la situation financière de l’ex région Poitou-Charentes ne plombera pas les comptes de la grande région. « Quand une collectivité a une capacité de désendettement qui dépasse sept à huit années, elle est en situation d’alerte. On sera à quatre années », conclut le porte-parole.