Bordeaux: Une petite maison d'édition cartonne avec un livre vendu à plus de 150.000 exemplaires

LIVRES Sorti en janvier 2016, le premier roman publié du Nantais Olivier Bourdeaut « En attendant Bojangles » a déjà dépassé les 150.000 exemplaires vendus. C'est la petite maison d'édition Finitude crée par un couple de Bordelais qui avait misé sur cet ouvrage...

Elsa Provenzano

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Thierry et Emmanuelle Boizet ont crée ensemble la maison d'édition Finitude
Thierry et Emmanuelle Boizet ont crée ensemble la maison d'édition Finitude — Finitude

Déjà sorti dans une vingtaine de pays, le premier roman publié par le Nantais Olivier Bourdeaut, En attendant Bojangles, caracole dans le trio de tête des ventes de littérature depuis deux mois environ, se disputant la place avec des ouvrages signés Guillaume Musso et Marc Levy.

Il s’est déjà vendu à plus de 150.000 exemplaires depuis sa sortie en janvier. Derrière ce succès commercial se trouve la petite maison d’édition Finitude, installée au Bouscat et créée par un couple de Bordelais, Emmanuelle et Thierry Boizet.

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Publié par Editions Finitude sur jeudi 7 avril 2016

« On ne peut jamais savoir quel va être le succès d’un livre mais il y a des signes. Dès qu’on l’a eu entre les mains, on a vu qu’il avait un potentiel, mais cela ne fait pas tout. Il a été très vite acheté par de très grosses maisons d’édition à l’étranger dès fin septembre, avant sa sortie en France en janvier », raconte Thierry Boizet. L’auteur avait aussi envoyé son manuscrit à cinq éditeurs parisiens qui n’ont pas répondu ou ont refusé de le publier. La petite maison d’édition bordelaise, créée et tenue par le couple, est la seule à accepter de publier l’auteur.

La maison bordelaise s’est déjà fait remarquer avec la publication de Zénith Hôtel, d’Oscar Scoop-Phane qui a obtenu le prix Flore en 2012 et a été « une très bonne opération pour la librairie », précise Thierry Boizet. Elle a aussi publié Derrière les panneaux, il y a des hommes, de Joseph Incardona, qui a obtenu le grand prix de littérature policière en 2015. Mais En attendant Bojangles, qui a également obtenu plusieurs prix, se distingue néanmoins par son très rapide succès commercial.

Les éditeurs parisiens ont refusé le manuscrit ou n’ont pas répondu

Emmanuelle et Thierry Boizet étaient bouquinistes dans le quartier Saint-Pierre de 1995 à 2002. Et ils n’ont pas vraiment décidé de se lancer dans l’édition. « Ça s’est fait tout seul », lâche Thierry Boizet. En 2002, le couple ressent de façon accrue la concurrence d’internet qui permet aux amateurs de dénicher des livres anciens en quelques clics sur la toile.

S’ennuyant alors un peu dans leur boutique, le couple décide d’imprimer et de coudre lui-même quelques plaquettes avec « des textes amusants et souvent très peu connus », précise l’éditeur, qu’il dépose ensuite dans les librairies de la ville. Et ça fonctionne plutôt bien.

« On a toujours publié au coup de cœur »

Le premier livre qu’il publie s’appelle Pour passer de le temps de Jean Forton, un écrivain bordelais qui avait publié une dizaine de livres chez Gallimard dans les années 1960 et qui était tombé un peu dans l’oubli. Grâce à la rencontre avec la veuve de l’écrivain, ils publient des nouvelles inédites de l’auteur qui vont être saluées par les critiques. Devant le succès médiatique de l’opération, ils sont sollicités par les libraires sur la suite de leurs publications et décident alors de vraiment s’y mettre.

« On a toujours publié au coup de cœur, les auteurs qu’on aimait. Des auteurs morts comme Raymond Guérin ou Georges Perros par exemple. On recherche des inédits, comme les textes d’Herman Melville ou plus rarement, on réédite », détaille Thierry Boizet, précisant qu’ils ont repéré beaucoup d’auteurs au fil des années pendant lesquelles ils étaient bouquinistes. Depuis le lancement de Finitude, ils ont publié environ 160 ouvrages.

Avec ce récent succès commercial, « on n’a pas le désir de grossir ni de publier plus mais simplement de travailler de manière plus sereine. On a trois à quatre ans de trésorerie et un coup d’éclairage porté sur la maison », commente Thierry Boizet. Il y a fort à parier que les prochains coups de cœur de ces éditeurs auront l’attention des libraires et des critiques.