Gironde: Le nouvel arrêté sur l'épandage des pesticides, une « régression » pour les militants

ENVIRONNEMENT Un nouvel arrêté encadrant l'épandage des produits phytosanitaires vient d'être pris par la préfecture de la Gironde. En excluant du champ de l'arrêté les produits dits à faible risque, les militants estiment que la préfecture propose un texte "régressif"...

Elsa Provenzano

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Medoc, 14 mai 2014. - Tracteur d'epandage dans les vignes du Medoc. - Photo : Sebastien Ortola
Medoc, 14 mai 2014. - Tracteur d'epandage dans les vignes du Medoc. - Photo : Sebastien Ortola — SEBASTIEN ORTOLA

La préfecture vient de prendre un nouvel arrêté pour encadrer l’épandage des pesticides, alors que la saison des pulvérisations sur les rangs de vignes va commencer dans les jours qui viennent. En moyenne, c’est un traitement tous les 14 jours qui est appliqué par les viticulteurs dans le Bordelais.

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Un premier arrêté avait été pris par la préfecture en juin 2014 après les cas d’intoxications, le 12 mai 2014, d’enfants scolarisés à l’école de Villeneuve, voisine de vignes qui venaient d’être traitées.

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Le nouvel arrêté a été pris après une consultation publique qui s’est tenue du 17 mars au 8 avril et qui a donné lieu à 150 contributions émanant de particuliers, de parents d’élèves, d’associations, d’élus, de viticulteurs ou d’organisations professionnelles agricoles. La préfecture a analysé ses contributions, modifiant son premier arrêté en ajoutant « une exclusion du champ de l’arrêté des produits à faible risque, une clarification de la définition des espaces publics concernés et un encadrement renforcé des filets de protection ».

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« La seule chose positive, c’est l’élargissement des établissements concernés (plus seulement les écoles mais les crèches, haltes garderies, aires de jeux, centres de loisirs, établissements de santé etc.) mais le reste est tellement insuffisant que l’arrêté devient inutile, déplore Marie-Lys Bibeyran, membre du collectif Info Médoc Pesticides et de Générations Futures. On commence à se rendre compte à Bordeaux, du poids économique de la viticulture et des lobbyings. »

Les produits « à faible risque » exclus de l’arrêté

« Il est même régressif par rapport à celui de 2014 puisque pour certains produits (dits à faible risque), il ne sera pas nécessaire de respecter les mesures préconisées », ajoute Valérie Murat, militante anti-pesticides également. Or, les produits phytosanitaires qui ne sont pas cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques (CMR, les plus dangereux), ne sont pas pour autant anodins, rappellent les militantes.

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Si la distance à respecter vis-à-vis des établissements « sensibles » est de 50 mètres, elle peut être réduite à 20 mètres, voire 5 « en fonction du type de pulvérisateur utilisé dans les vignes » précise l’arrêté. « Quand on épand à 5 mètres d’une école avec un matériel anti-dérive, j’aimerais qu’on me prouve que ça ne dérive pas », commente Marie-Lys Bibeyran. Les protections comme les haies et les filets, préconisées dans l’arrêté, lui semble inefficaces. « Il faudrait déjà que les haies aient une hauteur conséquente et que les espèces sélectionnées puissent faire barrage. Mais, ni une haie ni un filet n’arrêtent la circulation de l’air », s’agace la militante.

« Les enfants arrivent dans un air imprégné de résidus de pesticides »

Sur l’interdiction de traiter pendant certaines plages horaires et dans les 20 minutes qui précèdent et suivent le début et la fin des activités scolaires et périscolaires, là encore, pour elle, les mesures ne sont pas à la hauteur du problème. « Dans le Médoc, la plupart des traitements se font tôt le matin, entre 6 h et 7 h et les écoles ouvrent à 7 h/7 h 30, les enfants arrivent donc à l’école dans un air imprégné de résidus de pesticides ».

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Pour Valérie Murat, le but de la manœuvre de la préfecture est simplement de « calmer l’opinion publique et d’éviter une nouvelle crise médiatique », comme celle qui avait eu lieu après l’intoxication des écoliers de Villeneuve. Elle avait soumis à la préfecture la demande d’une création d’un comité de suivi des populations exposées pour que des études, financées par l’ARS et le département, puissent être mises en place. Mais elle n’a pas eu de réponse à ce jour.

L’arrêté, qui cible les établissements accueillant des populations sensibles, ne répond pas, selon les associations, à l’exposition des riverains qui vivent à proximité des vignes.