C’est une première en France. Martine Alcorta (EELV), conseillère régionale déléguée à l’innovation sociale et sociétale, chapeaute un comité de pilotage qui sera lancé ce lundi, pour une étude de faisabilité sur l’expérimentation d’un revenu de base universel dans certains territoires volontaires de la grande région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes. Lors de la précédente mandature, une motion proposant cette étude avait été adoptée à l’unanimité. La conduite de cette étude faisait partie de l’accord conclu dans l’entre-deux-tours entre le PS et EELV, à la demande du parti écologiste.

Qu’est-ce que vous entendez par revenu de base ?

Il s’agirait d’un revenu universel d’un montant approchant celui du SMIC. Nous n’avons pas encore tranché sur ce qu’on enlèverait, mais en tout cas cela ne remplacerait pas la Sécurité Sociale.

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Le marché du travail existe toujours mais les citoyens ont la possibilité de cumuler un emploi en plus du revenu de base ou d’utiliser leur temps pour se former ou pour participer à des activités culturelles et sociales, qui ne sont pas forcément rentables.

Quelle forme va prendre cette étude ?

Un comité de pilotage, réunissant des élus de tous bords et élargissant le débat à la société civile (dont le mouvement français du revenu de base) va être créé ce lundi 25 avril. Des experts seront invités à livrer leurs réflexions à ce comité. Un débat contradictoire sera mené pour savoir ce que l’on met dans ce revenu de base. Alain Rousset n’est pas forcément favorable à cette idée, mais il est ouvert au débat. L’étude prendra fin en juin 2017.

Quel est l'intérêt du revenu de base?

Le revenu de base est une façon de répondre à la crise. Chez EELV, on croit qu’on n’aura plus le plein-emploi en France. Les machines, via la digitalisation et la numérisation crée la productivité et remplace l’emploi.

Certains ont comme réflexe de dire que c’est une mesure anti-travail mais, quand vous tondez votre jardin, est-ce que vous considérez que c’est un travail ? Beaucoup diront non mais il faut bien rémunérer cette activité si vous la faites faire par un tiers. Même raisonnement pour la garde d’enfants par exemple. C’est une vision du travail du XXIe siècle qui n’est pas seulement marchande.

C’est une mesure anticapitaliste ?

Elle ne remet pas en cause le système capitaliste mais elle sort le citoyen de la tyrannie du marché du travail. Si on regarde la crise actuelle concernant le Code du travail, on voit qu’on essaye de concilier la flexibilité qui permet la compétitivité des entreprises, d’une part, et la sécurisation des parcours des travailleurs, d’autre part. Or on n’y arrive pas, c’est impossible. Il faut donc déconnecter les deux avec la mise en place du revenu de base.

Comment on finance ce dispositif ?

On fera des économies en bureaucratie car le coût des contrôles (des différents financements sociaux) est énorme. Et ensuite, on peut imaginer plusieurs scénarios : un système de TVA, une taxation des transactions financières, et une modification de la question chômage. Ce point sera aussi débattu par le comité de pilotage.

La Région finance uniquement l’étude de faisabilité et pour la mise en œuvre je vais aller frapper à la porte de l’Etat. Je vais essayer de rencontrer Emmanuel Macron prochainement pour voir s’il est d’accord sur le principe. Si l’Etat donne son accord, l’expérimentation pourrait commencer dès 2017 sur les territoires comme la ville de La Réole qui se sont portés volontaires.

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